Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

En France, il est généralement admis que l’écrivain est un homme qui, encore dans le ventre de sa mère, a été touché par l’étincelle divine. Plus tout à fait homme, pas tout à fait dieu. Dans les pays anglo-saxons, on est davantage pragmatique et les auteurs les plus renommés admettent volontiers que l’on ne nait pas écrivain, mais que c’est une chose qui peut s’apprendre. Ces mêmes écrivains dispensent d’ailleurs généralement leur savoir dans des ateliers d’écriture, parfois dans le cadre universitaire. Et parfois ils écrivent même des livres sur le sujet. Ces livres traversent les mers et les océans pour atteindre finalement l’apprenti écrivain français – qui n’en a toutefois pas besoin. De gènes littéraires assez peu français, j’aimerais partager avec vous trois ouvrages que j’ai particulièrement appréciés.

Il y a d’abord Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction de Orson Scott Card aux éditions Bragelonne. Comme son titre l’indique, il s’adresse plus particulièrement à ceux qui veulent se lancer dans la littérature de l’imaginaire. L’édition originale en langue anglaise date un peu (1990) et le dernier tiers du livre ne vous sera sans doute d’aucune utilité : l’auteur prodigue des conseils sur le métier d’écrivain, mais d’une part il parle surtout du marché américain et d’autre part ce dernier a fortement évolué en 20 ans. Dans le premier tiers, Orson Scott Card se livre à une brève étude de la littérature de l’imaginaire afin de faire prendre conscience au lecteur des spécificités du genre puis dans un second tiers, il donne un certain nombre de conseils pratiques sur l’écriture de récits SF et Fantasy. J’ai particulièrement apprécié ses conseils sur la manière de se créer un « lecteur avisé », « quelqu’un qui est là pour vous dire ce que vous venez juste de faire […], qui n’imagine pas un seul instant qu’il peut vous indiquer comment arranger votre récit […], mais ce qu’on ressent quand on le lit ».

Édités également chez Bragelonne — et il est dommage que cette maison fortement impliquée dans le numérique ne les propose pas encore pour nos liseuses —, Personnages et Point de vue est également d’Orson Scott Card. Et même si vous n’aimez pas ce genre de bouquin, que vous ne croyez pas qu’on puisse apprendre à être écrivain, vous devriez tout de même acheter ce livre ! Il vous apportera obligatoirement quelque chose. Plus technique, plus précis, il n’y a rien à jeter dans ce que l’auteur définit comme un manuel. Le processus de la caractérisation est décortiqué à travers des questions (Qu’est-ce qu’un personnage ? Qu’est-ce qu’un bon personnage ? D’où viennent les personnages ? Quels sentiments devrait nous inspirer le personnage ? Etc.) et des processus d’écriture (Les voix ; présentation contre représentation ; montrer ou raconter ; narration à la 1re et à la 3e personne ; etc.). On apprend à mieux écrire, mais aussi à mieux lire, à s’inspirer et se nourrir de nos illustres prédécesseurs. Bien que l’auteur soit surtout connu pour son oeuvre de Science-Fiction, ce livre-là s’adresse à tous les auteurs en devenir, quel que soit leur genre de prédilection. Les exemples illustrant cet ouvrage sont d’ailleurs le plus souvent tirés de livres n’appartenant pas à la littérature de l’imaginaire.

Écrire un roman, ça s’apprend ! C’est pas moi qui le dis, c’est le sous-titre du livre Mes secrets d’écrivain, de la romancière Elizabeth George,  grande prêtresse américaine du polar à l’anglaise. D’une qualité à mon avis moindre que Personnage et Point de vue, mais tentant d’être plus vaste, on retrouve quelques idées communes aux deux auteurs, concernant évidemment la caractérisation. Le livre est organisé en cinq parties : survol du métier, les bases, la technique, la méthode et « exemples et feuilles de route ». J’aime le dernier paragraphe du livre, avec lequel je suis d’accord au moins parce que cela fait du bien à l’égo — et qu’un auteur en herbe le met suffisamment à mal : « Dites-vous bien que tout le monde n’est pas capable d’écrire un roman. En fait, très peu de gens en sont capables. Il se peut que vous fassiez partie du nombre. Mais il n’y a qu’une façon de le savoir. »

Vous aurez sans doute remarqué que tous ces ouvrages ont des titres commercialement accrocheurs, pour ne pas dire autre chose… Mais il est évident qu’aucun livre sur ce thème ne saurait vous ouvrir comme par magie la porte de la publication et du succès. Cependant, il y a toujours quelque chose à prendre, des pistes de réflexion pour améliorer son écriture. On peut les lire et les relire, et trouver à chaque fois de nouvelles idées, de nouvelles recettes, à accommoder en fonction de votre style ou de vos habitudes. Ce que j’aime aussi dans ces livres, c’est cette impression de se retrouver entre amis, avec l’auteur : il y a des choses que les auteurs, quelle que soit leur notoriété, peuvent se dire à demi-mot. Il y a des choses que nous partageons tous, quelle que soit notre maitrise de l’écriture : des doutes, des espoirs, des envies, des habitudes.

Nota Bene : Les liens dans cet article sont sponsorisés : si vous achetez un de ces livres en cliquant sur ces liens, le grand méchant Amazon me reversera une partie du prix de l’ouvrage, ce qui me permettra de lire davantage ou pire, d’acheter un Kindle.

À cette heure, 10 Réponses à ce billet.

  1. Sediter dit :

    Tout ça m’a l’air très sympa, et me fait penser que je devrais plancher/publier mes premiers articles sur les conseils d’écriture !

    Bon, je me dis que ça doit être difficile pour un livre de 1990 d’expliquer comment raconter de la Science Fiction aujourd’hui, parce qu’une partie de la SF de l’époque est aujourd’hui présente dans la réalité ! Mais reste que ces livres m’ont l’air vraiment sympa. C’est dommage : en numérique ils m’auraient plus intéressé (avis à Bragelone ! 😉 ) !

    Bon, mon imagination débordante me fait réfléchir à un livre de conseils d’écriture plus ancien encore, plus proche de la préhistoire, qui s’il avait existé aurait donné des conseils du genre : « Pour bien écrire, il faut une belle peau de bête, ce chapitre vous apprendra donc comment chasser votre papier, et vous servir du sang de votre gibier comme encre » ou encore « le plus dur est de trouver votre lecteur : comme l’écriture n’a pas encore été inventée, l’opération sera difficile ! ».

    Enfin bref, je divague là ?

    • Paumadou dit :

      @sediter : Oh la bonne idée !!!! Je la garde dans un coin de ma tête, tiens ! (je peux ? 😉 )

      Sinon, je n’ai jamais accroché aux livres de conseils pour écrire. Oui ça s’apprend, j’en suis persuadée, pour moi, avoir du talent ça se travaille (contrairement au génie, qui là, est au-delà du travail…), mais les conseils, les analyses et les méthodes, j’ai jamais réussi à accrocher. Je m’en sors pas trop mal pour l’instant (mais je dois appliquer pas mal de règles décrites partout : lire, se faire conseiller, planning, date limite, exercices…)

      • jbb dit :

        Peut-être es-tu mal tombé lors de tes précédentes lectures ? A toute fin utile, je précise que l’on peut feuilleter les premières pages de « Personnage et Point de vue » (comme vous l’avez compris, c’est le meilleur des trois, de loin) sur le site d’amazon, en cliquant sur la couverture. Il n’aborde pas les questions planning, de date limite ou d’exercices. Il donne seulement un certain nombre d’outils pratiques pour l’écrivain. Je pense que beaucoup de choses peuvent s’apprendre par le travail aussi, mais pourquoi ne pas gagner un peu de temps en apprenant de ceux dont c’est le métier depuis longtemps ?

        Cela me fait penser à une chose que dit Elizabeth George dans son livre. Pour réussir en tant qu’écrivain, il y a trois paramètres : le talent, le travail et la chance. Il n’est pas nécessaire d’avoir les trois mais deux des trois — n’importe lesquels – pour y arriver.

      • Sediter dit :

        @Paumadou Si l’idée te plaît, fais toi plaisir ! Une idée n’appartient à personne d’ailleurs !

        @Paumadou et @JBB J’ai lu pas mal de conseils d’écriture, mais plus sur des blogs, jamais à travers des guides complets. Je dois dire que certains conseils me paraissent vides, mais que d’autres sont intéressants, et peuvent en effet aider à gagner un temps précieux.

        J’ai moi-même fait pas mal d’erreurs de débutants en écriture, que j’aurais peut-être évité en lisant des conseils d’abord, même si l’apprentissage par l’erreur est sans doute le meilleur de tous ^^ !

        • jbb dit :

          C’est intéressant ce que tu dis là ! 😉 Plus sérieusement, j’ai écris mon premier roman avant de lire « Personnage et Point de vue ». Je l’ai fait lire à un oncle, auteur, qui enseigne la littérature française et le théâtre dans une grande université américaine, et qui a un point de vue à la fois français et anglo-saxon sur l’écriture. Il m’a fait un certain nombre de remarques constructives mais notamment que la caractérisation était beaucoup trop faible et que je ne commençais pas mon récit au bon moment, ni de la bonne façon. Et bien en lisant « Personnage et Point de vue » par la suite, j’ai compris à quel point il avait raison, ce que j’aurai dû faire pour éviter cet écueil, et où j’aurai dû commencer mon roman. La question est donc : ai-je davantage profité de la lecture de ce livre parce que je m’étais planté avant ? Ou lire ce livre plutôt m’aurait-il évité de me planter ? L’idée de mon roman n’était vraiment pas exceptionnel — d’ailleurs je ne pense pas le reprendre un jour —donc je n’ai pas l’impression d’avoir gâcher une bonne idée, mais la question mérite d’être posée.

          Le problème des conseils d’écriture qu’on lit sur internet, c’est que c’est parfois d’obscurs écrivains qui les donnent. Je ne dis pas qu’ils sont tous mauvais — les écrivains autant que leurs conseils — mais ce qui est intéressant dans le cas de ces livres, c’est que c’est tout de même des « pointures » de la littérature de leur genre respectif et qu’ils ont l’habitude d’enseigner l’écriture.

          • Sediter dit :

            Je ne suis pas d’accord avec toi, dans le sens où on peut être bon enseignant de la théorie sans être un pro de la pratique, ou être un pro de la pratique sans être un bon pédagogue.

            Je crois qu’un très bon auteur peut ne pas comprendre ce qui fait qu’il écrit bien, et donc ne pas savoir l’expliquer à d’autres. En revanche, un bon lecteur mais mauvais auteur peut-être capable de donner des conseils d’écriture !

            Mais dans ce cas-ci, comme tu le précises, les auteurs ont l’habitude de donner des cours, donc je suppose qu’ils sont aussi bons pédagogues !

            Tout ça me rappelle l’idée d’école d’écriture de Paumadou, un projet à lancer ! 😉

    • jbb dit :

      Orson Scott Card était tout à fait conscient qu’une partie de son livre se « périmerait » au fil du temps. Néanmoins, il est persuadé aussi que la SF suit certains cycles : ce qui est au goût du jour à un moment donné reviendra plus tard. Et conscient des effets de mode en SF, il tache justement de ne pas donner de conseils trop en rapport avec les sous-genres, par exemple. Même en 1990, il avait déjà un certain recul sur l’évolution de la SF, et voyait bien quels étaient les paramètres immuables du genre. Car il y en a, c’est évident.

      • Sediter dit :

        De toutes manières, tout guide de conseil est voué à devenir obsolète… Je ne suis pas un pro de la SF, mais je serai curieux de lire sa vision de « l’évolution de la SF » pour la comparer à la réalité.

        De toutes manières, j’ai pris une claque en lisant Asimov pour la première fois : le truc était pas tout jeune, mais pourtant c’était génial, et si actuel !

    • jbb dit :

      C’est vrai, il y a de mauvais écrivains qui sont de bons lecteurs et qui peuvent donner de bons conseils ! Ou en tout cas, faire une lecture constructive d’un texte. Parce que comment un écrivain qui n’arrive pas à appliquer ses méthodes avec succès pourrait enseigner convenablement à les utiliser. Il pourrait les enseigner et les rendre suffisamment compréhensibles pour que les meilleurs comprennent comment faire, mais en ce qui concerne les élèves les moins doués ? Je pense que pour enseigner au mieux, il faut vraiment savoir utiliser avec succès ce que l’on transmet. Mais tu as pointé ce que je voulais dire du doigt : les écrivains concernés sont à la fois pédagogue (et ça se sent à la lecture) et de bons praticiens, et c’est ce qui rend leur point de vue particulièrement intéressant.

  2. […] continue sa lecture, sinon, eh bien, il l’arrêtera. Je vous renverrais une fois de plus à Personnages et Point de vue de Orson Scott Card : l’auteur y traite des différents types de récit (Milieu, Idée, Personnage, Environnement), […]

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