Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

C’est en préparant l’édition papier de « C’est Noël, mon Père ! »(MAJ : ce titre n’est plus disponible, mais C’est Noël, mon Père !  fait maintenant partie du recueil Le père Noël ne meurt jamais) que je me suis dit qu’il serait intéressant d’utiliser le livre papier pour promouvoir le livre numérique. J’ai donc pensé à intégrer ce petit dialogue imaginaire en postface de l’ouvrage. Ce texte est sous licence Creative Commons et téléchargeable sur Feedbooks : n’hésitez pas l’utiliser ou à vous inspirer pour vos publications.

Quand je lis sur mon écran d’ordinateur, j’ai vite mal aux yeux. Pourquoi est-ce que je lirais des livres numériques dans ce cas ?

Peut-être parce que « lire en numérique » ne veut pas dire « lire sur ordinateur » ! Il existe aujourd’hui des appareils dédiés à la lecture qui disposent d’un écran dit « à encre électronique » (e-ink). Cet écran, contrairement à ceux de nos ordinateurs ou tablettes type iPad, n’est pas rétro-éclairé. Or c’est la luminosité de l’écran d’ordinateur qui fatigue les yeux lors d’une lecture intensive. La technologie de l’encre électronique est radicalement différente : pour simplifier à l’excès, de petites billes de cette « encre » spéciale sont électriquement stimulées pour imprimer sur l’écran le texte que l’on désire. C’est la lumière ambiante qui permet la lecture sur ce type d’affichage — comme sur le papier — et non celle venant de l’écran. Cela veut donc dire que, comme avec le papier, il est impossible de lire dans le noir sur une liseuse numérique (en revanche, aucun problème dehors, même en plein soleil). Vous l’aurez compris : sur un dispositif adapté, il n’y a aucune fatigue visuelle à lire un livre numérique.

Une liseuse numérique, ça coûte plus cher qu’un livre en papier ! Ce ne serait pas pour les technophiles fortunés cet engin ?

C’est vrai, une liseuse numérique est plus onéreuse à l’achat qu’un livre papier, mais le prix de ces appareils baisse de plus en plus : récemment, l’entrée de gamme est passée en dessous de la barre psychologique des 100€. D’autre part, une fois la liseuse achetée, vous économiserez sur l’achat du contenu : dans le pire des cas, la version numérique coûte 20% moins cher que l’édition brochée. Et de plus en plus d’éditeurs jouent le jeu du numérique et appliquent les recettes qui font le succès de l’ebook aux USA : un prix égal ou inférieur au livre de poche. C’est le cas notamment des auteurs autoédités et des maisons d’édition 100% numérique telles que Numériklivres ou publie.net, mais aussi de certaines maisons issues de l’édition papier comme Le Bélial’ ou Bragelonne. Si vous êtes un amateur de classiques, vous aurez même accès gratuitement aux œuvres des plus grands noms de la littérature du passé : Sir Arthur Conan Doyle, Alexandre Dumas, Marcel Proust, les frères Grimm, Charles Baudelaire, Jules Verne, Arthur Rimbaud, William Shakespeare, etc.

J’aime l’odeur de l’encre et la sensation du papier sous mes doigts… Cela fait partie intégrante de mon plaisir de lire. Quels avantages aurais-je à passer au livre numérique ?

Déjà, il existe des bombes aérosols parfum « vieux livres » ! Non, je plaisante… Cela dit, le livre numérique vous apportera d’autres choses en compensation. Le premier avantage de l’ebook, hormis son tarif inférieur au papier, c’est son encombrement : dans un appareil plus fin qu’un best-seller de Dan Brown vous regrouperez plusieurs milliers de livres ! Plus de tours de reins lors des déménagements, plus besoin d’acheter une bibliothèque tous les ans ou de faire régulièrement des aller-retours au grenier. Plus besoin non plus d’alourdir ses valises au moment de partir en voyage. Autre possibilité offerte par le numérique : vous avez la possibilité de sauvegarder les fichiers de votre bibliothèque sur clé USB, DVD ou en ligne. En cas d’incendie, vous ne perdrez pas tous vos livres ; si avez pris soin de ne pas laisser les sauvegardes chez vous à côté de l’ordinateur, bien entendu. Enfin, de nombreux lecteurs ont constaté une amélioration de leur capacité de lecture suite au changement de support : ils lisent plus rapidement et ont le sentiment d’être plus concentrés sur le texte. Dans le même ordre d’idées, n’oublions pas que la liseuse numérique favorise l’accès à la littérature aux malvoyants qui peuvent augmenter la taille de la police ou l’interlignage pour enfin profiter pleinement du plaisir de la lecture.

Une dernière chose m’inquiète : le livre papier va-t-il disparaitre ?

À long terme, probablement. Peut-être subsistera-t-il pour certains « beaux livres »… Quand bien même il disparaitrait, où serait le problème ? Si cela arrive, c’est que l’ebook aura montré sa capacité à remplacer le livre papier : on ne pourra jamais forcer la majorité des gens à lire en numérique s’ils ne le veulent pas. On peut également s’inquiéter du sort des imprimeurs et des libraires. C’est vrai que leur futur n’est pas très enviable, mais ils seront remplacés par des informaticiens spécialisés pour les premiers, et par de nouveaux genres de conseillers en littérature pour les seconds. Aujourd’hui, il n’y a plus de maréchal-ferrant, mais qui s’en émeut ? C’est le lot de certains métiers de disparaitre un jour et d’être remplacés par d’autres. Et j’ai la conviction que Guttenberg aurait adoré le livre numérique : il n’a pas inventé les caractères métalliques mobiles pour apporter l’odeur de l’encre et du papier au plus grand nombre…


 

À cette heure, 5 Réponses à ce billet.

  1. TheSFReader dit :

    Ben voilà un message clair et net ! J’le forwarderais à ma famille celle là 😉

  2. Asia M dit :

    Vais me faire l’avocate du diable, étant donné que vous savez que j’ai un Kindle, et qu’en tant qu’auteure je soutiens à fond l’auto-publication (qui a beaucoup plus de sens dans une perspective numérique).

    Je me rends compte que la vraie raison pour laquelle j’ai un Kindle, c’est que mon copain (qui me l’a offert) est un technophile fortuné. Je me demande quand je pourrai estimer l’avoir rentabilisé, vu le rythme où va ma lecture. Je dois avoir une cinquantaine de livres papiers dans ma bibliothèque qui attendent d’être lus, la grande majorité obtenus soit à moins de 4$, soit gratuitement, par don ou par emprunt. Théoriquement, dans un an je devrais les avoir tous lus, étant donné que je lis une cinquantaine de livres complets par an, sauf qu’au milieu de ça je lis des tas d’affaires sorties des bibliothèques (coût: 0$). Ensuite, il y a le fait que je ne laisse pas ma bibliothèque croître indéfiniment; je pratique l’échange et la revente de tout ce que j’ai lu qui m’appartient, ce qui me permet de refournir sans cesse ma bibliothèque sans frais.

    Pour récapituler, le numérique, je suis pour en tant qu’auteure, pour l’indépendance et la rémunération juste des écrivains, mais en tant que lectrice, j’ai l’impression que cela n’aura de pertinence que lorsque j’aurai fini de lire ma bibliothèque, celle de mon chum (il lit de la fantasy/SF, vive les gros bouquins, j’vous jure), celle de mes parents, la bibliothèque nationale et les archives du Québec, etc. Je ne pense pas que voir le numérique comme une économie soit juste du tout: au contraire, s’il y a une habitude que mon Kindle va changer chez moi, c’est celle de ne pas dépenser. Avant, je n’avais pas de budget livres parce que j’en achetais très peu, très rarement, à très peu cher. Le numérique me donne soudain envie d’investir dans le domaine, de soutenir les écrivains émergents, de risquer mon cash pour de la daube, un truc que le papier n’a jamais réussi à me donner envie de faire.

    Conclusion: je suis d’accord avec vous, mais à mon avis l’argumentaire est à revoir. Ce n’est pas du point de vue du papier que le numérique se défend, c’est au contraire parce que dernier pourrait bien bouleverser du tout au tout le rapport que nous entretenons à l’écriture, à la lecture, au métier d’écrivain et à la littérature (rapport intimement lié au support papier) qu’il est intéressant.

    • jbb dit :

      Tout d’abord, merci beaucoup pour ce long commentaire enrichissant. Ensuite, il est évident que ce que je raconte ci-dessus ne peut pas concerner tous les profils de lecteurs mais le but est d’attiser la curiosité en égratignant certaines idées reçues comme celle de la fatigue visuelle.

      Si on prend l’exemple d’une lectrice comme ma femme qui lit beaucoup de classique et qui, habitant dans la campagne profonde, commande souvent par facilité le livre neuf par internet, le Kindle sera vite rentabilisé. Une vingtaine de classique à 5€ en poche non acheté = Kindle rentabilisé.

      En fait ça peut-être plus ou moins économique, ou équivalent.

  3. J’aime beaucoup votre texte, que je risque d’utiliser si je me décide à sortir une version papier de mon roman. La conclusion en est magistrale (je parle de votre texte, là, pas du mien. Quoique… 😉 ). Peut-être aurons-nous droit, dans quelques années, à la synthèse olfactive. Les Kindle et consorts pourront alors diffuser ces doux parfums qui manquent tant aux nostalgiques de l’ère du tout-papier.

    Comme le livre relié a supplanté le rouleau, le livre numérique va remplacer son prédécesseur. Notre dépendance à la technologie, aussi regrettable qu’elle puisse être, a franchi des points de non-retour.

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