Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Je ne m’en cache pas : en tant qu’amateur de fiction, je suis particulièrement friand de séries tv. Dans notre beau pays, patrie de Julie Lescaut et de la non moins délicieuse Joséphine Ange Gardien, ce n’est habituellement pas une chose qui se dit ; c’est un peu comme la vérole, on la garde pour soi. J’exagère à peine. En France, la production de fiction télévisuelle est vue comme un mal nécessaire, pour fidéliser à leurs horaires respectifs la ménagère de moins de 50 ans et l’ado boutonneux qui revient du collège. L’explication de Plus belle la vie est là, ne cherchez plus…

À considérer la fiction télé comme la couche-culotte de l’opinion, on ne produit que de la merde.

Nos cousins d’Amérique, ces gros crétins bouffeurs de hamburgers, semblent avoir davantage de considération pour ce qu’ils subissent devant le petit écran. Ils plébiscitent des séries politiques dont un épisode de 45 minutes mériterait davantage le qualificatif de chef d’oeuvre que 90% de la production cinématographique française. Où le président des États-Unis cite à propos Saint-Augustin — il est vrai, on aurait actuellement du mal à imaginer la même chose en France — et où les personnages démontrent une connaissance du monde un peu supérieure à celle du vieux Marseille. Quand on sait que A la maison blanche (The West Wing en VO) mettait en scène une administration démocrate alors que George Bush était aux commandes, on ne peut même pas les accuser d’avoir voulu faire la propagande de la politique américaine. La série était même tellement (intelligemment) critique vis-à-vis du pouvoir en place qu’on a du mal à imaginer comment une telle série pourrait exister en France. Et quand on pense qu’il n’y a pas trente ans, Thierry Le Luron était par deux fois interdit d’antenne, par la droite puis par la gauche, ça donne envie de pleurer.

Le pire, c’est que The West Wing n’est pas un cas isolé : si Commander In Chief, racontant la présidence d’une femme, ne dura qu’une saison, son actrice principale, Geena Davis, n’en reçut pas moins un Golden Globe…

Le talent des scénaristes américains ne s’arrête bien entendu pas aux fictions politiques. Parmi celle que je possède et connais donc de bout en bout, je citerai bien entendu X-Files ou plus récemment Fringe pour le fantastique ; Dawson’s Creek pour la série ado où le personnage principal peut parler aussi bien de Spielberg que d’Audiard ou de Truffaut ; Ally McBeal pour le sentimentalo-déjanto-drôle ; Mentalist pour le policier. J’en vois au fond de la salle qui ne sont pas convaincus : j’accepterai uniquement les critiques de ceux qui ont vu plus d’un épisode et ont essayé au besoin en VO… Car regarder 15 min en passant d’Ally McBeal et on pensera logiquement que c’est n’importe quoi. Les traductions prout-prout — c’est effarant la censure pratiquée par la télévision française — n’aident pas non plus*.

Tout comme il y a aussi du moins bon dans la production US, l’avenir n’est cependant pas tout noir pour nos séries merde in France ! L’espoir vient notamment des séries courtes humoristiques comme Kamelott, Caméra Café, Scène de ménage ou Fais pas ci, fais pas ça dont la durée des épisodes s’est d’ailleurs progressivement allongée au fil des saisons. Le style français fait mouche dans ce format réduit et le coût de production à l’épisode bien moindre permet peut-être de faire le plein de plumes talentueuses.

Mais je ne vous le cacherai pas, il y a encore du chemin à parcourir avant de chasser de nos écrans ces taches « un-des-débiles », qu’elles viennent d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique.

* La série la plus fascinante à ce niveau est sans doute Buffy contre les vampires, bonne série en VO et débile en VF.

PS Pour les connaisseurs, j’ai choisi pour illustrer cet article une photo de mon personnage préféré dans The West Wing.

À cette heure, 8 Réponses à ce billet.

  1. Sous ses allures bougonnes, JBB fait preuve d’un jugement serein et nuancé. Mais tu devrais, mon cher Jean-Basile, te pencher sur les cas des séries anglaises, elles aussi remplies de talent. Et qu’on aimerait voir les chaines françaises s’inspirer de la BBC, au lieu d’afficher leur constant mépris pour leurs spectateurs. Quelques titres, au hasard de mes enthousiasmes : « The Tudors »; « A touch of Frost »; « Foyle’s Wars »; « Doc Martin », ou même « Inspector Lewis », même si ce dernier policier n’a pas la même même pointure que « Jack » Frost (que ses collaborateurs appellent « Gov ». A voir dans la langue originale, ça va sans dire.

    • jbb dit :

      En réalité, je pensais en parler un jour ou l’autre 🙂 Je suis un adepte de la BBC, et je me suis même récemment équipé pour la recevoir depuis ma tanière auvergnate ! J’apprécie en particulier les séries documentaires de David Attenborough et les diverses séries sur les dinosaures. Ça on peut dire que les anglais s’y connaissent en documentaire. Je connais un peu moins — en tout cas pour le moment — les fictions mais j’en ai déjà repéré deux qui valent le détour à mon sens : Misfits et Sherlock.

  2. Elisabeth Destoop dit :

    Un bref commentaire, pour ne pas abuser de la patience de tes lecteurs : d’abord, qu’on excuse mes maladresses de style, dues en partie à la difficulté d’écrire directement sur écran. Ensuite, nos échanges me paraissent positifs car nous découvrons, à travers les propos de l’autre, des livres, des émissions que nous ne connaitrions pas autrement. Evidemment, chacun vante ici ce qu’il (ou elle) a eu l’occasion et le temps de découvrir, et nos journées n’ont que 24 heures. Enfin, ce que j’ai apprécié chez toi, JBB, c’est ton jugement nuancé sur la vie culturelle américaine, beaucoup plus complexe et beaucoup plus développée que ne l’imaginent nombre de Français.

    Les bises de Lisa

    • jbb dit :

      Ne te gène surtout pas pour intervenir en commentaire, et cela autant que tu veux. Ici, la parole est libre et les commentaires sont fait pour la discussion, pour le partage. Il y a des articles ici dont les réactions n’ont pas volé très hauts si cela peut te rassurer (c’est bon de rire aussi). Je préfère d’ailleurs cela à un blog sans vie, dont les articles ne suscite aucune envie de répondre.

      J’ai en effet un jugement très nuancé sur les états-unis et tiens ce pays, intellectuellement et artistiquement en tout cas, en haute estime. J’en ai marre de cet anti-américanisme de base, vomi par des français qui se croient tous sortis de la cuisse de Jupiter, comme si le siècle des lumières s’étendait jusqu’au 21ème siècle.

      Concernant les américains, ce qui me dérange le plus au fond, c’est cette persistance à défendre la peine de mort et le droit d’avoir une arme. Autrefois, j’étais un peu énervé par leur puritanisme, mais c’est un mal qui a gagné la France, j’en suis maintenant convaincu (et c’était particulièrement évident suite à l’affaire DSK).

      Et puis une partie de ma famille est désormais américaine. Mon oncle en a adopté récemment la nationalité après plusieurs dizaines d’années là-bas en tant que professeur d’université ; son fils, mon cousin, y a grandit et parle toujours aujourd’hui un français sans faute, mais avec un accent américain prononcé.

  3. Sediter dit :

    Et bien, voilà un article inattendu sur un blog d’auteur, et ce n’est pas pour me déplaire ! Même si j’aurais aimé t’entendre dire que les séries t’influencent (ou non) dans ta manière d’écrire, dans tes récits.

    Pour ma part, je ne cache pas qu’une grande partie de mon inspiration vient de ce que certains français « du siècle des lumières » comme tu peux les décrire appellerait de la sous-culture (séries, mangas, jeux vidéo,…).

    Mais sachant que tu ne parles que de la qualité de nos bonnes vieilles séries françaises, je vais me contenter de te répondre : tu as bien raison ! Le simple fait de voir qu’un film ou une série est française m’en apprend souvent bien long sur sa qualité. Il suffirait de comparer RIS et les Experts pour comprendre que les français ne s’illustrent même pas dans la pastiche !

    Ensuite, je ne vais pas pour autant défendre entièrement les séries américaines. Bon, les goûts et les couleurs, mais certaines séries que tu défends (pour celles que je connais) ne me paraissent pas irréprochables. Le mentaliste par exemple me paraît une simple reprise des Experts (qui est-elle même une série assez fade, où les personnages n’ont pas de réelle importance et où les épisodes peuvent être consultés dans le désordre sans que cela ne gêne personne) mêlée avec un petit peu de Docteur House : un personnage principal très attachant, personnalité forte, qui éteint tous les autres, un peu comme Lie to me, Castle et de nombreux dérivés…

    Fringe, je suis justement en train de regarder cette série, et si le concept a du bon, et que je pense bien écrire certaines choses plus ou moins largement inspirées de cette série, le scénario n’a rien d’irréprochable. Transférer un patient au cœur ouvert de son hôpital au labo un peu foireux d’un savant fou, ça ne me paraît ni logique ni réaliste, et ce n’est qu’un exemple parmi les dizaines d’incohérences scénaristiques…

    Mais mon côté tatillon me perdra !

    Du très bon en série ricaines, mes préférées en tout cas : The Office (j’ai regardé chaque épisode plus de trois fois sans me lasser, même si je sais que certaines personnes n’accrochent radicalement pas), The Shield, Dexter,… En série françaises, il est vrai que fais pas-ci ne fais pas ça m’arrache quelques sourires. C’est plutôt encourageant de voir que les français peuvent faire des petits trucs, à leur sauce.

    Bref, tout ça pour dire que le sujet m’intéresse !

    • jbb dit :

      Cela me parait évident : toute fiction consommé influence d’une manière ou d’une autre ce que l’on écrit. C’est d’autant plus vrai en ce qui me concerne que j’ai une mémoire visuelle. Je n’ai d’autre part aucune honte à avouer mon amour des séries tv américaines. Je pense que le jeu vidéo est également un art en devenir, si ce n’est déjà le cas. Je n’aurai aucun déplaisir à écrire un jour pour la tv ou le jeu vidéo.

      Ah RIS vs Les Experts. Je n’aime pas Les Experts (auquel je reproche un manque de suivi des personnages principaux, ce qui accentue le côté répétitif) mais quand je vois dans RIS les gars rechercher des indices avec une loupe à la Sherlock Holmes sur un capot de voiture, ça me fait mourir de rire. C’est pathétique.

      Je connais Lie to Me ou Castle, c’est pas mal, mais j’ai moins accroché qu’à Mentalist. Je trouve globalement les personnes plus réussis dans cette dernière. En fait, c’est mon critère numéro 1 pour un série. Si les personnages sont réussis, je peux passer l’éponge sur certains défauts.

      Fringe n’est pas exempt de défaut mais à partir du moment où c’est de la SF, on passe plus facilement sur des détails peu vraisemblables.

      Cela étant dit, je vais le redire encore une fois, rien ne vaut « A la maison blanche ». Ça c’est une série vraiment parfaite. Pour moi, il y a cette série et les autres, deux ou trois marches plus bas.

      Merci pour tes suggestions… Ça fait plusieurs fois que j’entends parler de Dexter, va falloir que je m’y mette !

  4. Sediter dit :

    Dexter a de très bonnes idées, les saisons sont peut-être inégales… Je te recommande vraiment The Shield, c’est la seule série policière à laquelle j’ai vraiment accroché, très sombre, c’est une déchéance…

    Quant à The office, si tu veux des personnages vraisemblables, mais dans le genre complètement décalés, c’est vraiment génial. Je me suis accroché à chaque personnage, et tous me font mourir de rire ! Même si le style « caméra embarqué » peut être décontenançant au début. Préférer la VO pour toutes ces séries, comme pour toutes les séries !

    Et concernant Fringe, je ne suis pas du tout d’accord avec toi ! Le fait que ce soit de la SF ne change rien. C’est un détail qui m’importe beaucoup, que ce soit dans la SF, la Fantasy ou n’importe quel genre, il faut garder un minimum de réalisme. Certes des personnages peuvent avoir des supers pouvoirs, utiliser la magie ou quoi que ce soit, ce qui par définition n’est pas réalisme, mais cela n’empêche pas de garder un fond sensé. Pour moi, la SF se doit d’être réaliste.

    Tu peux me dire que les gens vont avoir des membres robotiques, tu peux me dire qu’ils pourront voler, que les robots auront pris le pouvoir ou que sais-je encore, si tu n’arrives pas à me l’expliquer de manière claire et réaliste, je ne prendrais pas !

    • jbb dit :

      En ce qui concerne Fringe, je ne faisais pas une généralité sur les spectateurs… Il y en a de plus tatillons : suivez mon regard 🙂 Mais d’une manière générale, les gens dans ce contexte sont plus enclins à se « détendre » vis à vis des invraisemblances. Tu fais la même chose dans NCIS et ça ne fonctionne plus du tout du tout. Après, c’est le genre de petits détails qui va faire passer une série de bonne à excellente. C’est dommage que Fringe loupe le coche… mais je passe de très agréables moments en la regardant.

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