Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas tant son devenir en tant qu’objet que l’avenir du concept même du livre. Il y a plusieurs écoles et nous arrivons parfois à des situations ubuesques où des partisans convaincus du livre numérique s’affrontent sur ce que doit être l’ebook de demain. Je vais encore une fois me faire le défenseur du « pluralisme », mais pourquoi ne devrait-il y en avoir qu’une sorte ?

Il y a le livre numérique simple adaptation homothétique du papier à l’écran de la liseuse. Au sein même de celui-ci, on peut distinguer la copie conforme (souvent prisée des grands éditeurs traditionnels) et celle qui utilise intelligemment les liens hypertextes pour offrir la possibilité au lecteur d’en découvrir davantage. On peut par exemple créer des ponts vers un projet adjacent comme le fait Jeff Balek pour l’expérience transmédia autour de la saga du Waldgänger qui nous permet de poursuivre notre expérience de lecture, ailleurs, éventuellement à un autre moment.

Le livre numérique enrichi propose en quelque sorte de fusionner les deux. Je précise tout de suite que je n’aime pas ce terme d’enrichi qui sous-entend que c’est nécessairement mieux. Or, le problème avec l’enrichi, c’est qu’il fait encore trop souvent sortir de la lecture. J’adore le cinéma, la télévision et les jeux vidéo, mais je ne souhaite pas nécessairement retrouver de la vidéo dans mes livres… J’ai envie de continuer d’être Bastien dans l’Histoire sans fin. Pour beaucoup d’entre nous, l’attrait de la lecture réside dans la liberté de pouvoir se créer son propre film intérieur. C’est donc par définition un moment où l’on a aucune envie d’être guidé. Ce qui explique aussi pourquoi une bande-annonce de livre doit toujours rester relativement abstraite et éviter de trop donner dans la représentation du récit.

Je pense néanmoins que l’ebook enrichi peut être pertinent, notamment pour les plus jeunes. Quiconque a déjà lu un livre à un enfant a déjà créé de l’enrichi : par sa voix, par ses lectures, par des bruitages, par des questions, etc. C’est une étape nécessaire pour que l’enfant se forge sa propre imagination. Il existe déjà de magnifiques réalisations comme L’Herbier des Fées aux Éditions Albin Michel. Pour les plus grands, je ne ferme pas la porte à de belles découvertes, mais à l’heure actuelle, seule l’intégration discrète de l’audio me semble crédible (et peut-être demain de l’odorama ?). Je ne dis donc pas que la recherche sur l’enrichi doit cesser, mais je pense qu’il faut rester conscient des fondements du plaisir de la lecture : si elle n’a pas disparu avec le cinéma, c’est qu’il y a une raison. Il faut respecter les droits du lecteur.

Pour l’amateur de fictions en tout genre que je suis, les années à venir promettent d’être passionnantes. J’espère simplement que les lois du commerce ne nous priveront pas demain des plaisirs d’aujourd’hui. En cela, je comprends un peu M. Beigbeder.

À cette heure, 2 Réponses à ce billet.

  1. Sediter dit :

    « Quiconque a déjà lu un livre à un enfant a déjà créé de l’enrichi  »

    Ta propre définition de l’enrichi ne peut m’empêcher de penser à C3PO, racontant ses aventures aux ewoks à grand renforts de bruitage.

    Bref, la vraie lecture enrichie, c’est les droïds de protocole !

  2. Luc Prévost dit :

    L’augmentation du livre est intéressant quand on la compare celle du ciména qui nous enseigne qu’à chaque baisse d’audience, une nouvelle technologie est introduite pour réveiller l’intérêt du public.

    J’ai évoqué récemment le concept de l’augmentation dans un carte concept qui peut être navigué ici : http://www.lucprevost.com/content/laugmentation-du-livre-num%C3%A9rique

    Il s’agit uniquement d’un collage d’idées pour mieux se situer…

    luc

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