Retour sur mon expérience d’auto-édition

C’est au cours du mois d’octobre 2011 que, à la suite de la lecture de plusieurs ouvrages sur la question, j’ai décidé de retravailler C’est Noël, mon Père (intitulé à l’époque La Messe de minuit) et de me frotter aux joies de l’auto-édition. Il est temps pour moi de dresser un bilan de mon expérience et j’espère sincèrement qu’il pourra être profitable à d’autres. 

Beaucoup d’auteurs pensent un jour ou l’autre à l’auto-édition, et ce, pour des raisons très différentes : envie de maitriser le processus d’édition de son livre de A à Z, ras-le-bol de droit d’auteur trop bas sans à-valoir, peur de se confronter aux refus des éditeurs ou impossibilité d’en trouver un, simple volonté de rendre ses écrits disponibles, etc. J’admets honnêtement avoir du mal à être parfaitement objectif face à cette question. Quand j’ai commencé la réécriture de ce conte, ma confiance en moi vis-à-vis de mes talents littéraires était au plus bas : il y avait donc peut-être un peu de peur de ne pas trouver d’éditeur. Informaticien de profession et utilisateur autodidacte de Photoshop/Illustrator, j’étais curieux de me frotter à l’aspect technique des choses. Et comme la plupart des auteurs, j’avais aussi l’envie de rendre mes écrits publics et de me confronter à l’avis des lecteurs.

Avant toute chose, j’ai du trouver un bêta-lecteur consentant. Je ne me voyais pas publier un texte sans qu’il soit lu par une personne ayant un oeil parfaitement neutre. Je mis facilement la main sur la victime idéale, en la personne de Pierrick Messien, alias Séditer du Souffle Numérique et au détour d’un de nos échanges sur Twitter, Jean-François Gayrard s’immisçait dans la discussion et me demandait de lire mon texte. Un point de vue d’éditeur pour un texte destiné à l’auto-édition, que demander de plus ? Je les remercie encore une fois du temps passé à la lecture de mon texte. Chacun m’a ensuite soumis un certain nombre de remarques. Les négatives m’ont paru indubitablement objectives et ont été prises en compte, même si elles ne m’ont pas toutes donné le même travail. Et je trouve la version définitive nettement meilleure que la première version, qui était elle-même une réécriture quasi complète d’une nouvelle écrite près de dix ans plus tôt.

Vint ensuite le moment de créer la couverture et le fichier ebook. Concernant la première, j’avais déjà réalisé de nombreuses chartes graphiques de sites web, des cartes de visite, flyers, mais la conception d’une couverture de livre est quelque chose d’assez différent, et j’ai eu du mal à obtenir un visuel crédible : j’ai évité le pire, mais on peut faire mieux (d’ailleurs, personne ne s’est extasié sur ma couverture). Le fichier .doc à fournir à Smashwords pour être distribué sur iBooks Store, Kobo, etc. m’a fait frémir et j’ai longtemps craint que le fichier soit refusé. J’ai eu moins de mal avec le fichier ePub, même si le Lecteur en Colère m’a aidé a posteriori à améliorer le code. Sur le Kindle Store, j’ai utilisé le fichier ePub optimisé et converti à l’aide de KindleGen. Pour la version papier, Lulu et TheBookEdition sont plus souples concernant la mise en page, mais le résultat final est alors moins professionnel : par exemple, j’ai « oublié » de laisser des pages de gauche blanches, et le récit ne commence donc pas sur une « belle page » (idem pour les remerciements, etc.).

Lorsque le texte fut disponible chez les principaux libraires (Kindle Store, iBook Store, Smashwords, Lulu et TheBookEdition), j’ai alors commencé la promotion, tâche titanesque s’il en est. Twitter fut ma première arme, Facebook la seconde. J’ai ensuite mis en ligne un site dédié à mes contes de Noël, avec un calendrier de l’avent proposant chaque jour une anecdote sur l’écriture de C’est Noël, mon Père, et des passages successifs du texte, le tout formant un extrait plus important que ceux disponibles chez les libraires en ligne. Certains lecteurs m’ont fait le plaisir de laisser des commentaires sur la page Amazon et/ou Smashwords, mais c’est une denrée très difficile à obtenir. C’est dommage, car ils sont utiles, bons ou mauvais. C’est un des grands enseignements de cette expérience de publication, d’ailleurs. Des camarades auteurs ont eu la gentillesse de me citer ou de me chroniquer sur leur blog. Difficile de faire davantage sans argent ou connaissances dans les médias (et si j’en avais eu, je ne les aurais pas activés pour la publication d’un petit conte de Noël).

C’est le moment, il me semble, de parler chiffre… Roulement de tambours… Du 1er novembre au 31 décembre, j’ai donc vendu 25 exemplaires de C’est Noël, mon Père, répartis ainsi :

— Smashwords : 6
— iBook Store : 7
— Kindle Store : 8
— Lulu : 2
— TheBookEdition : 1

Quand on lit un peu partout que de nombreux auto-édités ne vendent jamais un seul livre, je suis plutôt satisfait. Et mon éditeur préféré m’a confirmé que pour un texte court dans un genre très particulier, et en deux mois, ce n’était pas du tout ridicule. On constate aussi que les trois principaux libraires en ligne se valent dans mon cas. Enfin, je suis parvenu à identifier environ la moitié des lecteurs : amis, membre de ma famille ou followers sur Twitter. Reste donc une douzaine de lecteurs inconnus.

Depuis le 1er janvier, je n’en plus vendu aucun, ce qui est tout à fait logique. Je n’en revendrai sans doute pas avant octobre ou novembre prochain, et les ventes seront probablement un peu inférieures.

Même si j’ai sciemment vendu cet ebook (je voulais voir si des personnes seraient prêtes à payer pour me lire), je ne me suis pas amusé à calculer combien j’avais précisément gagné. D’autant que je n’ai pas effectué les démarches auprès du Trésor américain, qui m’éviteraient d’avoir 30 % de mes gains ponctionnés sur mes ventes Smashwords ou Amazon.com (soit 14 ventes).

Ce fut une aventure enrichissante. J’ai repris confiance en moi, j’ai progressé et j’ai découvert différents aspects de l’édition. Néanmoins, je pense à l’avenir confié mes écrits à un éditeur (en numérique, devinez lequel) car je suis le genre d’auteur à avoir besoin du regard extérieur d’un professionnel pour progresser et avoir confiance en moi. Qui plus est, j’ai suffisamment de travail de ce côté-là pour ne pas avoir envie de perdre de temps à maitriser sur le bout des doigts la distribution et la réalisation de couvertures professionnelles. La réalisation des fichiers ebooks m’intéresse davantage, ma profession me permet d’y être facilement compétent et c’est un sujet que je ne pense pas perdre de vue. Et je m’impliquerai naturellement toujours beaucoup dans la promotion de mes textes, mais je crois qu’on n’est jamais trop à oeuvre dans ce domaine. Cela étant dit, je reviendrai peut-être à l’auto-édition, en vue par exemple de publier des textes courts qui ne se révéleraient pas rentables pour un éditeur…

Pour conclure, j’encouragerai tous les auteurs tentés par l’auto-édition à risquer l’aventure. Vous n’avez pas grand-chose à perdre, et beaucoup à gagner au niveau des enseignements. Plus que n’importe quel témoignage pourra vous apporter.

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10 réflexions au sujet de « Retour sur mon expérience d’auto-édition »

  1. Voilà une bonne expérience de ce que peut-être l’auto-édition. C’est intéressant que tu aies fait cette expérience sur un texte court car ça laisse imaginer le travail quasi titanesque de l’auto-édition d’un roman !

    C’est intéressant également de voir la répartition des ventes, ce qui indique finalement que l’auteur a intérêt à être présent sur le plus de plateformes disponibles !

    C’est étrange, j’ai comme une intuition quant à l’éditeur qui va publier du Boutak ! ;-) Je suis curieux de lire ton prochain ouvrage en tout cas… :-)

    • Je suis dans les starting-blocks ! Avec toutes les crises de confiance et d’angoisse que cela comprend : me suis-je assez documenté ? mon histoire va-t-elle intéresser les lecteurs ? mes personnages seront-ils crédibles ? Etc. En plus, je me cherche encore dans ma méthode de travail : j’ai envie de savoir où je vais tout en gardant une certaine liberté d’action.

      • Ne m’en parles pas des crises de confiance ! Mon NaNo est sur la fin, mais je pêche vraiment dans les personnages, certains n’ont pas de « fin », paraissent donc un peu intrus au récit, d’autres ne me paraissent pas franchement intégré… Et le pire c’est que j’ai très peu de personnages dans le bouquin, c’est dire à quel point je le sens bancal ! :-D

        • Y a un moment où il faut bien finir :-) Ne pinaille pas trop pour le moment et envoie-le moi rapidement. Si tu veux, je pourrai toujours te proposer des idées si tu sèches, comme tu l’as fait pour « C’est Noël, mon Père ! ».

  2. Gros avantage du passage par l’éditeur : en principe il offre une qualité de relecture bien confortable pour l’écrivain (mes ouvrages sont épluchés par trois personnes qui elles aussi écrivent, et que j’épluche quand c’est leur tour de passer sur le gril). Autre gros avantage, quand l’éditeur est bien visible : un peu plus de chances de voir ses livres être lus. Voili voilou.

  3. Merci pour ce retour. C’est plutôt positif, ce qui compte étant déjà de prendre confiance en soi… J’ai également dépassé le seuil que j’avais découvert pour l’auto-édition (7 à 10, semble-t-il). Déjà pour mes nouveaux romans parus à la fin de la semaine dernière, les commandes ont dépassé ce chiffre. :) Qui sont les acheteurs connus : ceux qui ont aimé le premier… Le réseau est un vrai plus, les lecteurs qui en parlent aux autres lecteurs aussi, cependant le plus difficile est de récolter les commentaires visibles… Si j’avais un conseil à ajouter : ne pas oublier qu’un roman soigné peut fidéliser des lecteurs à défaut de permettre systématiquement une pub supplémentaire. ;)
    Mais quel boulot l’auto-édition !! La promotion est un temps énorme que pour ma part, j’aimerais utiliser autrement… Je te souhaite donc un bon partenariat !

  4. Vous pouvez ajouter +1 sur le site de la FNAC depuis hier soir !
    Personnellement j’ai beaucoup aimé le style. C’est agréable à lire. L’idée est très bonne et m’a beaucoup amusé.
    Je reprendrais contact avec vous, car j’ai une fille qui écrit aussi mais qui n’ose pas publier. Je vais essayer de lui parler (mais ce n’est pas facile, conflit des générations, et tête de mule !) pour lui montrer ce que font d’autres personnes.
    J’attends votre prochain ouvrage.
    Bon courage.

    • Combien d’auteurs n’osent pas publier ? Soyez sûre que le problème est vraiment qu’elle n’ose pas, et non pas qu’elle ne veuille pas. Ce n’est pas parce qu’on écrit qu’on a forcément envie d’être publié, bien au contraire.
      Si votre fille a besoin d’avis sur un ou plusieurs textes, qu’elle n’hésite pas, mais si elle ne désire simplement pas être lue, inutile de la forcer : cela viendra… ou non ! :-)

      Je ne sais pas ce que ce cher Jean-Basile Boutak vous répondra, mais lui-même a longuement hésité avant de passer le pas si j’ai bon souvenir…

      • Tu as raison, il est tout à fait possible que la fille de Gaal n’en ait vraiment pas envie et cela ne sert à rien de la forcer, même si on peut l’y encourager en lui donnant confiance. Cela doit être un cheminement personnel. C’est là un avis purement subjectif et personnel, mais j’ai un peu de mal à croire à l’auteur qui écrit « juste » pour lui — n’importe quel auteur écrit « aussi » pour lui. Je pense que la plupart n’osent pas rendre leur travail public, qu’ils l’admettent ou non. Et si on écrit pour soi, juste pour le plaisir d’écrire, qu’y-a-t-il à perdre à publier son travail ?

        Mon cas est un peu différent : j’ai toujours eu envie de publier mais j’ai mis du temps à assumer ce que j’écrivais, et notamment ses imperfections.

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