Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Je ne suis qu’un auteur débutant, pas encore un écrivain au sens où je l’entends, et je ne sais dans quelles contrées me mèneront mes mots, dans quel genre je poserai un jour définitivement mes valises, mais peu importe, il y a un homme que je dois remercier. Son truc à lui, c’était plutôt le polar, c’est en tout cas pour cette partie importante de son oeuvre qu’on se souvient de lui.

Je me souviens très bien du jour où j’ai rencontré Antoine. Antoine, mais aussi Alexandre-Benoit et sa femme Berthe alias B.B., ce vieux décrépi de Pinaud ou l’austère Achille. Je devais avoir treize ou quatorze ans et avec ma mère j’étais venu rendre visite à mes grand-parents, que je surnommais Papy et Mamy Piano à cause grand piano à queue auquel mon grand-père jouait parfois. J’étais au lit et je n’avais pas pris de bouquin avant de partir. Ma mère, qui venait me dire bonne nuit, est alors parti fouiller dans les placards de son ancienne chambre et en a ressorti un vieux livre de poche intitulé Tu vas trinquer San-Antonio :

— Tu connais ça ? me demanda-t-elle
— Non…
— Alors, lis, ça devrait te plaire.

Je dois dire que, à la vue de la couverture datant des années 60, très kitch, j’avais un petit doute, mais à défaut d’autre chose j’ai commencé à lire. Et le souvenir qui me reste aujourd’hui, c’est l’impression de découvrir un monde nouveau, un nouvel horizon. C’était subversif, vraiment différent de ce que j’avais pu lire jusque-là et j’étais fasciné par ce qu’il était possible de faire des mots. À l’âge où les hormones sont en ébullition, j’étais aussi sans doute émoustillé par les scènes « érotiques ».

Vint alors une époque où je ne lus pratiquement plus que cela. J’étais devenu accro aux couvertures kitch et je boudais les réimpressions récentes : je découvrais ainsi l’univers des bouquinistes. Je m’intéressais aussi à l’oeuvre de Frédéric Dard, celle publiée sous son « nom de naissance », ou sous d’autres pseudonymes comme Frédéric Charles, et j’étais très ému à la lecture de sa biographie par Jean Durieux.

Surtout, cette lecture fut le déclencheur de mon besoin d’écrire, qui me taraudait depuis mes huit ans. J’écrivais d’abord des débuts de romans où l’argot tenait une bonne place et où j’essayais, sans résultat bien sûr, de me montrer à la hauteur du maitre. Je me souviens aussi d’une rédaction du même calibre, écrite en classe de troisième. Ensuite, mais beaucoup plus tard, j’écrivais des nouvelles de SFFF et je trouvais petit à petit ma propre voix. Aujourd’hui, j’en garde l’amour de la simplicité dans le style et je dois avouer que, en cela, peu d’auteurs ont aussi bien réussi que Frédéric Dard, quand il publiait sous ce nom.

J’ai longtemps espéré pouvoir lui envoyer mon premier livre publié avec une grande lettre de remerciement. Je suis sûr qu’il m’aurait répondu, car il avait un coeur gros comme ça, et sous ses allures de faux macho, c’était un être éminemment sensible. Cet espoir s’est arrêté un jour de juin 2000, quand j’ai appris sa mort à la télévision. Je suis incapable de pleurer la mort d’un être que je n’ai pas connu personnellement, mais j’ai eu à ce moment-là le sentiment de manque d’une figure paternelle.

Vieux motard que jamais, alors à travers les étoiles et le ciel, merci !

À cette heure, 9 Réponses à ce billet.

  1. Thierry Bonnardel dit :

    Bienvenue dans la famille san-antonnienne !!!

  2. jbb dit :

    Merci à vous, mes frères en San-Antonio 🙂

  3. […] troisième et dernier chapitre de ma série de polars « Monaco City », je me suis dit, suite à un article de jbb, qu’il était temps de rendre hommage à un des deux auteurs qui m’ont certainement le plus […]

  4. […] Jean-Basile Boutak nous parle de San-Antonio […]

  5. […] troisième et dernier chapitre de ma série de polars « Monaco City », je me suis dit, suite à un article de jbb, qu’il était temps de rendre hommage à un des deux auteurs qui m’ont certainement le plus […]

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