Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Dimanche 19 février, la chaine M6 a diffusé un reportage sur le livre numérique dans son émission Capital — j’invite les plus distraits à relire le titre et à se poiler gratuitement. La blogosphère et la twittosphère ont réagi et, globalement, on ne peut pas dire que le travail des journalistes ait déclenché l’enthousiasme général. Moi, je l’ai bien aimé ce reportage, et je vais vous dire pourquoi.

C’est simple, c’est la première fois que les journalistes n’opposaient pas le livre numérique et le livre papier, et qu’on parlait de l’ebook comme de l’avenir. Le reportage commençait d’ailleurs chez une grosse lectrice, possédant plus de 6000 livres en papier d’arbre, et qui disait que lire en numérique, c’était cool. Personnellement, je n’en croyais pas mes mirettes.

Je vais maintenant faire une liste, sans doute non exhaustive, des reproches qu’on a faits au travail des journalistes, et ce que j’en pense :

  • « C’était une énorme pub pour Amazon » : Amazon est d’une part le plus gros vendeur à l’heure actuelle et d’autre part, la première grosse entreprise à avoir vraiment cru au livre numérique. C’était normal qu’on parle d’eux, et qu’on en parle beaucoup : ils récoltent les fruits de leur prise de risque passée.
  • « Ils ont affirmé gratuitement et sans preuve qu’il y aurait une entente entre les éditeurs papier pour protéger le livre de poche. » : c’est le passage que j’ai trouvé le plus jouissif. Au départ, j’avais peur qu’ils épargnent les grands éditeurs, par copinage notamment, et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été le cas. Si je n’avais pas été heureux, j’aurais sans doute souffert d’écouter la jeune femme dire d’une petite voix : « C’est quelque chose dont je ne peux vraiment pas vous parler. » Peut-être n’y a-t-il pas d’entente, mais il y a couleuvre sous galet.
  • « Ils ont fait de la pub à Bragelonne, qui vend déjà des ebooks par centaines ! » : tant mieux pour eux, ce sont les premiers éditeurs papier à avoir senti et compris le marché… On ne peut pas demander de privilégier les derniers, les plus longs à la détente. Encore une fois, parler des plus visibles, c’est logique. Et puis, vous connaissez beaucoup d’autres éditeurs papier reconnus qui jouent le jeu du numérique ? À part, Au Diable Vauvert, et dans une moindre mesure, je ne vois pas.
  • « Ils n’ont pas parlé des DRMs » : celle-là, elle m’a bien fait rire. Je suis contre les DRMs sur les vidéos, la musique ou les ebooks. Je n’aime pas qu’on considère les honnêtes consommateurs comme des voleurs, et qu’on leur complique la vie s’ils ont des besoins particuliers. Mais la question des DRM n’avait pas place dans cette émission de vulgarisation. Si on veut effrayer le consommateur lambda avec des mots bizarres, c’est ainsi qu’il faut s’y prendre. D’autant plus que les éditeurs les abandonnent assez rapidement et que de toute manière 95 % des utilisateurs n’auront jamais de soucis avec : la plupart des gens consomment le livre de manière jetable, relisent peu et l’aspect virtuel réduit sensiblement le plaisir du collectionneur. Et puis qui dit que mes livres enrichis en DRM Amazon ne seront plus lisibles dans vingt ans ?
  • « Ils n’ont pas parlé des éditeurs 100 % numérique ! » : Je suis le premier à qui ça aurait fait plaisir, vous vous en doutez. Optimiste, une fois n’est pas coutume, je me dis que ce sera pour la prochaine fois, quand on aura le droit au reportage sur le désenchantement des auto-édités par exemple !

Et je passe les critiques sur David Forrest, Nord Compo, machin ou bidule qui a été interrogé, mais non gardé au montage. Oui, il y a eu des erreurs ; oui, il y a eu des imprécisions ; non, ce n’était pas exhaustif. Mais c’était la première fois qu’on présentait l’édition numérique de manière positive. Je trouve que c’est une étape importante.

Il faut sortir un peu de la toile littéraire et aller dans la vraie vie des gens qui ne s’intéressent pas plus que ça à l’ebook. Le Twitter littéraire et les sites spécialisés ne représentent qu’un microcosme extrêmement fermé, et les questions qui les agitent n’intéressent qu’une infime partie de la population, et même peu de lecteurs.

À cette heure, 18 Réponses à ce billet.

  1. Eric D. dit :

    « Ils ont affirmé gratuitement et sans preuve qu’il y aurait une entente entre les éditeurs papier pour protéger le livre de poche. »

    Ce point est à mettre en directe relation avec le précédent, puisque l’agenda d’Amazon est bien de récupérer les auteurs et se passer des éditeurs. Ils sont en plein bras de fer. Je ne dis pas que c’est illégitime ou même une mauvaise idée, mais on sent très fortement les discours du service de comm Amazon.

    « Ils n’ont pas parlé des DRMs »

    Pas grand public ? le fait de galérer avec des identifiants Adobe en plus de ceux de la boutique ? le fait de ne pas pouvoir lire sur le Kindle le livre acheté à la FNAC ou inversement ?

    Comparé à la question des DRM, les questions d’ententes (ou pas) des éditeurs c’est de l’argumentation de spécialistes.

    Les DRM on en parlait déjà pour les CD incompatibles avec les autoradio, avec les fichiers de musiques compatibles avec le baladeurs X et pas le baladeur Y, les droits perdus lors du changement de PC, etc. Si le terme lui-même est peut être mal connu, le principe et les dégats sont non seulement bien connus mais la plupart des gens intéressés par le numérique les ont à l’esprit.

    La notion de lire sur liseuse ou sur papier est presque annexe à côté de la question de l’enfermement. Une des premières réponses quand je parle de livre numérique à des tiers c’est la possibilité de prêter le livre, avec quoi ils pourront le lire, et comment ils pourront le garder à vie (perte de donnée entre autres, mais aussi compatibilité entre les générations technologiques, les expériences vinyl, K7, VHS et le DVD ont fait mal). Ces trois questions sont essentiellement des questions DRM, même si ce terme est lui même ignoré.

    S’il y a un enjeu majeur c’est bien celui là. Le prix en découle d’ailleurs partiellement, les DRM c’est cher, très cher.

    • jbb dit :

      Merci de ton commentaire.

      Attention, je ne dis pas qu’Amazon est un ange… C’est une entreprise qui cherche à faire du profit, bien évidemment, et les éditeurs dans ce cas, sont leurs premiers adversaires mais honnêtement, je ne suis pas sûr qu’ils veuillent leur disparition totale. Il y a aura toujours des auteurs et toujours des lecteurs qui en auront besoin, moi le premier. Comme je considère le numérique complémentaire au papier, je considère les auto-édités complémentaires aux éditeurs. Amazon a besoin d’eux, et ce sera le cas, à moins qu’ils ne devient un éditeur (avec tout ce que cela entend) géant.

      Les éditeurs traditionnels ont — ça peut se comprendre — et comme tant d’autres avant eux, font des bêtises qu’ils paieront très chers plus tard (mais certains pensent peut-être « après moi le déluge »). La politique aberrantes sur le prix des eBooks existants en poche en est une preuve. Je ne vois pas bien ce que l’on peut dire pour les défendre.

      Oui, je pense que la question des DRMs n’est pas une question pour le grand public. Ou plus exactement c’est une question, un combat même pour quelques uns d’entre nous, mais qui sera au bénéfice du plus grand nombre. Quand je cause de DRM à ma mère, elle n’entrave rien et cela lui donne une impression de complexité, qu’elle ne rencontrera sans doute jamais (j’achète beaucoup de ebooks et je n’ai jamais eu de problème…). Qu’on parle de DRM à n’importe qui n’aura aucun effet positif. Ce qu’il faut faire, c’est éduquer les créateurs de contenus, c’est généralement ce qu’il y a de plus efficace, de plus efficient.

  2. Matthieu dit :

    J’ai fait parti des quelques uns qui ont ralé sur le reportage. Etant lecteur numérique depuis plus d’un an et commençant à connaitre le sujet, il est vrai que le sujet présenté dimanche soir m’apparait comme extrèmement réducteur. Mais je suis d’accord avec toi, il faut se réjouir qu’un reportage sur une chaine si importante sorte enfin de la guerre livre physique/numérique. Le reportage a présenté les avantages du livre numérique de manière assez objective, et a souligné un important problème que l’on relève tous les jours : celui du prix des livres numériques des éditeurs classiques.

    Il est donc heureux qu’un tel reportage convainque des personnes de passer au numérique. Cependant, passer un message si positif et important en affichant le Kindle ainsi qu’en faisant plusieurs démos de l’achat sur Amazon n’est plus que de l’information. J’ai eu l’impression d’être dans un publi-reportage !

    Amazon est certes le plus gros vendeur, mais ça ne signifie pas que les services proposés sont bons pour le lecteur. A coté, il existe des pure players qui vendent sans DRM et en plusieurs types de fichiers, lorsque Amazon ne vend que des fichiers lisibles sur le Kindle. La Fnac aussi s’est lancée dans le numérique ! Il est vrai que Amazon propose de meilleurs services, mais la Fnac une meilleure machine !

    Concernant les DRM, je ne suis pas d’accord avec toi. Un tel reportage de vulgarisation est le meilleur endroit pour critiquer les DRM sur les ebooks, quand on voit leur audience de lecteurs numériques potentiels et des auteurs qui craignent cette nouvelle technologie. Tant que ces discussions restent sur le net, je ne vois pas les éditeurs traditionnels les supprimer. J’ai acheté une fois sur Amazon, car je recherchais la série des Game of Thrones en anglais. Amazon US proposait un bundle des 4 premiers tomes pour 16$ (incomparable avec les prix français !). A cause des DRM, j’ai du me battre pas la suite pour pouvoir le lire sur mon Sony.

    Pour les livres enrichis de DRM Amazon : je ne peux déjà pas les lire aujourd’hui sur mon reader Sony :p En 2012 on peut encore lire les pages créées sur le web en 1994 car les technologies du web sont standardisées et gérés par le W3C, un organisme international qui travaille pour leur compatibilité. Plutôt qu’une technologie propre à une entreprise, la meilleure solution pour les utilisateurs de ebooks est un format standardisé !

    • jbb dit :

      Merci de ton commentaire.

      Je comprends cette impression de publireportage. C’est peut-être voulu, mais c’est peut-être involontaire. De manière à être le plus clair possible pour le néophyte, on peut comprendre la logique qui consiste à rester sur Amazon, du début à la fin. Je pense que c’était le but, mais je me trompe peut-être (de toute manière, sur ce blog, je ne prétends pas détenir la vérité).

      Je crois qu’il faut aussi se garder de diaboliser Amazon, qui par sa taille, son implantation et ses réussites passés, fait peur. Et si la lecture numérique se développe, ce sera aussi grâce à leur force de vente… Une technologie qui n’est pas portée par une entreprise de cette taille a du mal à rencontrer le succès.

      Concernant les DRMs, j’ai précisé mon opinion dans le commentaire ci-dessus. Il faut aussi distinguer le format fermé d’Amazon et les DRMs eux-mêmes. Tous les fichiers du Kindle Store n’ont pas de DRMs. Mais c’est vrai, à part le Kindle, aucune liseuse (mais on peut lire sur des tablettes possédant l’application Kindle) n’est capable de lire le AZW. Cependant il se convertit très bien (s’il n’a pas de DRMs) sous Calibre.

      Je suis tout à fait au courant qu’il y a des Pure Players qui vendent des fichiers sans DRM, en plusieurs formats de fichiers : je travaille pour l’un d’eux (voir le menu « Edition ») ! Encore une fois, je ne défends pas les verrous numériques : je ne me serais d’ailleurs pas engagé auprès d’un éditeur favorisant les DRMs. Je ne sais pas quel est l’opinion du chef sur la manière de les combattre, mais comme tu peux le voir, en ce qui me concerne, ça ne m’empêche pas d’avoir un avis différent de la plupart des gens.

      Je suis d’accord, un format standardisé, c’est génial. Mais tu as un autre exemple qui ait réussit à s’implanter réellement dans la durée et de manière aussi incontesté que le HTML ? Et encore, concernant ce dernier, Microsoft a longtemps et vainement essayé de le « propriététiser » en faisant des navigateurs ne respectant que peu les standards, et essayant d’injecter leur propre technologie. Et ce que tu dis n’est valable que pour les sites n’utilisant pas de Flash ou de Silverlight… Pourtant ce sont des « technologies du WEB ».

      • Matthieu dit :

        Je te remercie pour ta réponse !

        Je n’irai pas plus loin dans le débat. On a un avis légèrement différent mais j’ai le sentiment que nous sommes d’accord pour dire que ce reportage a de bons et mauvais aspects. Maintenant, à nous passionnés de continuer de prêcher la bonne parole numérique 😉

        Bonne continuation à ton blog et aux éditions NumérikLivres !

  3. Sediter dit :

    Je l’ai aussi raté ce reportage, ça m’apprendra à ne pas zapper. Difficile de juger sans l’avoir vu, mais je suis plutôt d’accord avec tes arguments.

    Le numérique, on en parle jamais à la télé, en tout cas pas sur les chaines populaires. Donc c’est certain qu’un premier reportage de M6 là-dessus va décevoir les numéricos pur et dur ! Les lecteurs numériques vivent clairement dans leur bulle aujourd’hui, je pense que c’est bien de prendre un point de vue un peu externe et de se dire « si je n’ai jamais entendu parler de ça, comment j’aimerais qu’on m’en parle ? ».

    Je pense qu’au début, je préférerais qu’on me dise : « un livre électronique c’est ça, il y en a sur le site Amazon que tu connais bien, on achète un ebook comme ça, on le lit ainsi, etc ». Plutôt que « la lecture numérique c’est la mort de la culture, il y a des DRM, tu dois aller sur Publie.net et Numerik.livres, des sites dont t’as jamais entendu parler ! etc. »

    Et comme tu le soulignes si bien, Amazon fonctionne bien mieux que tout le reste en France comme ailleurs, c’est naturel de parler d’eux plutôt que d’autres. Même les numéricos doivent reconnaître qu’Amazon booste plus la lecture numérique que n’importe qui, avec ses pubs à foison pour le Kindle et sa politique commerciale agressive.

    Amazon est l’un des acteurs principaux de l’édition numérique aujourd’hui. Parler de lui, voire ne parler que de lui, est quasi naturel. Si on faisait un reportage sur le soda, on parlerait avant tout de Coca Cola, pas du Breizh Cola ? En numérique c’est la même !

    Et oui : les gars d’Amazon ne sont pas forcément des anges, mais faut arrêter de vivre dans le monde des bisounours : ce sont rarement les anges qui atteignent les sommets !

    • jbb dit :

      Merci de ton intervention, et je ne dis pas cela parce que tu es d’accord avec moi 🙂

      Tu peux voir le reportage sur M6 Replay jusqu’à dimanche. En plus tu pourras aller directement au moment de l’émission qui t’intéresse.

  4. Mélo dit :

    Je me permets un commentaire puisque c’est peut-être sur ma page publique que vous avez lu « Ils n’ont pas parlé des DRMs ». Heureuse de vous avoir fait rire. Néanmoins je trouve que le grand public se doit d’être informé sur les verrous mis en place sur la majorité des e-books. Ils ne pourront pas prêter leur livre à leurs proches, ils vont galérer comme pas possible pour installer leur roman sur leur reader et s’ils choisissent le Kindle, ils vont se voir contraints de n’acheter QUE sur Amazon et ne pourront pas transférer leur bibliothèque s’ils changent de liseuse !
    Donc la question des DRMs est, je trouve, fondamentale, et les gens « de la vraie vie », comme vous dites, ont le droit d’en être informés. On peut très bien parler des mots barbares en le faisant avec intelligence pour que ce soit compris par tous.

    « Il faut sortir un peu de la toile littéraire et aller dans la vraie vie des gens qui ne s’intéressent pas plus que ça à l’ebook. Le Twitter littéraire et les sites spécialisés ne représentent qu’un microcosme extrêmement fermé »
    la vraie vie des gens et la toile littéraire sont donc incompatibles ?

    Sinon, je suis d’accord avec le reste et suis bien contente que le monde du livre numérique soit enfin abordé par les grands médias. Je regrette par contre très sincèrement qu’on ait parlé quasiment que de Amazon.

    « Mais c’est vrai, à part le Kindle, aucune liseuse (mais on peut lire sur des tablettes possédant l’application Kindle) n’est capable de lire le AZW. Cependant il se convertit très bien (s’il n’a pas de DRMs) sous Calibre. »
    Vous ne voulez pas parler des DRMs au grand public mais vous voulez leur faire installer Calibre et convertir les formats de leurs e-books ?

    Je rejoins Matthieu qui dit « Tant que ces discussions restent sur le net, je ne vois pas les éditeurs traditionnels les supprimer »

    Bref, encore une fois, je suis d’accord avec le reste, pas sur la question des DRMs.

    • jbb dit :

      Merci de votre commentaire. Je me suis permis de regrouper vos deux posts en un.

      Non, ce n’est pas sur votre page que j’ai lu « Ils n’ont pas parlé des DRMs ». Je l’ai lu deux ou trois fois sur Twitter et/ou Facebook, juste après la fin de l’émission. Votre point de vue est partagé, et je peux le comprendre, et c’est justement parce que le mien est différent que j’ai eu envie d’en parler.

      Je pense que la question des DRMs est trop complexe pour en parler en 30 secondes dans ce type d’émission. Il faudrait un reportage complet pour faire le tour de la question. Aborder l’historique de l’utilisation des DRMs dans d’autres domaines, pourquoi ils ont été progressivement abandonné par certains. Expliquer pourquoi ce n’est pas bien pour les artistes de vouloir protéger leur oeuvre à l’époque du piratage de masse. Montrer en quoi c’est pénalisant pour le consommateur. Il me semble que la question des DRMs est beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait. Et encore une fois, ce n’était pas le sujet du reportage. Le sujet, c’était : c’est quoi (basiquement) un livre numérique, quel en est l’état actuel et en quoi cela va changer nos habitudes de consommation ? Ce n’était pas : les meilleurs conseils pour vous équiper d’un livre numérique. Ce n’est pas le but de l’émission Capital, ce serait plutôt celui de l’émission quotidienne 100% Mag.

      Enfin, si mon avis est différent — ce qui ne veut pas dire qu’il est bon, je n’en ai pas la prétention, mais c’est le mien et je le partage — c’est peut-être à cause de mon background. Bien qu’assez jeune, cela fait longtemps que je trempe dans les nouvelles technologies. J’ai fait des études d’informatique et cela fait déjà quelques temps que je suis en contact avec des utilisateurs. La plupart des gens ont peur des nouvelles technologies et ont besoin de longues explication, parfois sur des points de détails. Aborder le sujet des DRMs en 30 secondes, et c’est tout ce qu’ils auraient retenu du reportage, et aurait reléguer l’idée de la lecture numérique loin, très loin. Et ce n’est pas ce dont j’ai envie.

      Concernant Calibre, je me doutais que quelqu’un me ferait la réflexion. J’aurai du préciser que oui, je suis prêt à parier qu’au moins 90% n’auront jamais l’envie et/ou le besoin de passer des ebooks d’une liseuse à une autre incompatible avec leurs fichiers précédents. Une partie de ceux-là seront assez débrouillard pour convertir leur livre. Pour les 90% et plus autres, soit ils resteront chez le fournisseur précédent par confort, soit ce ne seront pas des personnes qui relisent leurs anciens livres.

      Et enfin oui, beaucoup de gens ont du mal à comprendre que la toile littéraire, ce n’est pas le monde, mais un microcosme particulier, et vraiment très petit. Ce qui apparait important à ce cercle de gens très pointus sur leur sujet, n’est pas la préoccupation du plus grand nombre. C’est très difficile de prendre du recul et de mettre les choses dans une perspective plus générale, de faire abstraction de ses connaissances et de ses marottes. J’ai moi-même du mal, plus souvent qu’à mon tour.

      • Mélo dit :

        Merci pour votre réponse.
        Je suis d’accord avec vous quant à un reportage complet sur la question des DRMs mais il faudrait qu’il soit vulgarisé et accessible à tout le monde. Je pense tout de même qu’ils auraient pu aborder la question, rapidement peut-être et sans effrayer le public, mais au moins ça aurait été entendu et peut-être développé plus tard.

        « soit ils resteront chez le fournisseur précédent par confort, soit ce ne seront pas des personnes qui relisent leurs anciens livres. »
        Oui mais un livre papier, on le prête, et on devrait pouvoir en faire autant avec les e-books.

        Bref, merci pour cet échange intéressant. je vous souhaite un bon week-end !

        • jbb dit :

          Merci à vous. Les commentaires vous appartiennent et j’ai toujours pensé que c’était un moyen d’enrichir les articles originaux.

          Bon weekend également !

  5. Gilles Piazo dit :

    Symptomatique peut-être d’une certaine orientation tout de même du reportage ( que je n’ai pas vu) ou au moins intéressante telle quelle, la réaction dans mon entourage et suite à cette émission d’une lectrice « traditionnelle de la vraie vie » étrangère à toute spéculation numérique : le numérique, « finalement ça ne vaut pas le coup » ( entendre financièrement).
    Et là, on touche quand même au coeur du nerf du système…

    • jbb dit :

      On verra bien. Comme on dit, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

      Je ne pense pas que ceux qui passent au numérique le fassent pour l’intérêt financier. Pas pour le moment en tout cas. L’intérêt aujourd’hui est surtout celui du gain de place, du confort de lecture supérieur au papier pour pas mal de monde, et pour certains autres, notamment les gens un peu âgés, la possibilité de personnaliser sa mise en page (c’est en fait un cas particulier du confort de lecture).

      • xav dit :

        Pour moi, les amateurs de livres numériques (le terme livre est impropre à mon avis, ça n’est que du texte) vivent dans un monde à part. Je lis beaucoup, travaille en bibliothèque et d’après mes observations : la plupart des gens que je connais trouve ridicule l’idée même d’acheter un support (liseuse) à plus de 100 euros tout de même (je suis d’accord avec ça). Ensuite, qui achète plus d’une vingtaine de livres par an ? Il existe dans ce pays un réseau de bibliothèques publiques avec du personnel compétent et une offre formidable… On peut aussi échanger ses livres, les prêter, les donner jusqu’à ce qu’ils soient bons pour le recyclage… A quoi bon stocker plusieurs milliers de bouquins (y aurait pas un peu de collectionnite aiguë voire de névrose dans l’air). L’exemple de la musique est aussi révélateur : acheter un cd avec un jolie livret en supplément ok, payer pour du son bof…
        Tout ça c’est du marketing, on créer sans cesse de nouveau joujou obsolètes en quelques années… c’est du commerce, c’est bon pour la sainte croissance…

        • jbb dit :

          Merci Xavier pour votre commentaire, et votre avis intéressant.

          C’est vrai, aujourd’hui, le prix des liseuses en réserve l’achat aux gros lecteurs, ou aux technophiles compulsifs. Mais hier, la même liseuse valait 250 € et demain, je suis persuadé qu’elle ne vaudra plus qu’une cinquantaine d’euros. Et même qu’elles seront offertes en cadeaux avec un abonnement, ou l’adhésion à un club de type « France Loisirs ».

          Ensuite, pourquoi lire en numérique ?
          Pour le confort de lecture. J’ai lu une demi-douzaine de livres papiers pendant juillet-août, et j’aurais aimé les lire en numérique. Les livres papier, particulièrement les gros pavés, sont fatigants à tenir ouverts d’une seule main, et pèsent plus qu’on le croit lors d’une longue séance de lecture. Et je ne suis pas le seul à m’être fait la remarque.
          Pour la facilité de lecture. C’est tout de même plus facile de pointer un mot pour avoir sa définition, que d’aller chercher son lourd dictionnaire. On sort moins de sa lecture. Et chercher une phrase dans un livre papier est chose impossible. Quant à garder une trace centralisée de ses notes surlignements, c’est un travail de titan sur un livre numérique.
          Pour permettre des personnes à la vue déclinante de continuer à lire. Et d’après des chiffres et des témoignages, ce n’est pas une vue de l’esprit, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots. Je me souviens d’une étude qui montrait que pour cette raison la lecture numérique était plus vite adoptée par les plus de 60 ans que les 25-35 ans.

          Enfin, le livre numérique n’a pas toutes les qualités, vous en avez souligné fort justement certains défauts. Mais les livres papier non plus n’étaient pas parfaits. En ce qui me concerne, je ne souhaite pas la disparition du livre papier, au contraire, mais j’aimerais simplement qu’on ne me dise pas que j’ai tort de lire en numérique, que je n’ai aucune raison de le faire si ce n’est de suivre le mouvement comme un mouton.

          Je connais beaucoup de lecteurs numériques, et peu sont portés sur la collectionnite. Pas plus que les lecteurs papier que je connais, en tout cas. Si ce n’est que c’est peut-être moins obscène concernant le numérique, puisque cela ne se voit pas.

          Penser que les lecteurs numériques vivent dans un monde à part, je suis désolé, mais cela montre que vous vivez vous-même dans un monde à part… Si vous ne pouvez admettre les avantages objectifs de la lecture numérique, c’est grave. Un lecteur est un lecteur, point. Qu’il lise papier, numérique ou qu’il écoute des livres audios. Il n’y a pas les vrais et les faux. Les bons et les méchants. Pourquoi faudrait-il qu’un moyen l’emporte sur l’autre ? Que l’un soit meilleur que l’autre ? À chacun de se faire son opinion, et de suivre le chemin qu’il préfère, non ?

          Maintenant, je comprends que vous puissiez vous sentir menacé dans votre travail, mais je pense qu’il faudra toujours des bibliothécaires… Votre travail changera sans doute un peu, mais c’est le cas dans tous les métiers. Quoi qu’il en soit, je sais que certains de vos collègues sont tout à fait optimistes vis-à-vis du numérique, et complètement désangoissés.

          • xav dit :

            Je me suis mal exprimé sans doute, il n’y a pas de mauvais lecteurs…
            Ce que je veux dire c’est que lire un roman sur liseuse (je dis ça après expérimentation) n’ajoute vraiment pas grand chose (rien ?) pour 95% des gens et là on est vraiment dans le joujou et le marketing. Chacun son opinion bien sur mais perso, je sature un peu avec tous ces objets qu’il faut changer sans cesse.
            Par contre ok pour certains usages : encyclopédie, presse, guides touristiques… car les applis dont vous parlez prennent tout leur sens dans ces cas là.

          • Le problème, c’est qu’on a présenté le numérique comme un moyen de lecture qui allait ajouter de l’interactivité dans tous les bouquins. Or c’est faux, et ce n’est pas ce que recherchent les lecteurs de toute façon. Ce que l’on appelle l’enrichi est parfois pertinent, mais c’est rare.
            En ce qui me concerne, je trouve que les avantages du numérique sont ailleurs, comme je le dis plus haut : confort/facilité de lecture, encombrement (très important à la maison ou en voyage), gestion informatisée de mes notes de lecture. Cela suffit à me décider de me passer des avantages du papier.

            Mais encore une fois, à chacun de trouver le moyen de lecture qui lui convient. L’important c’est de lire, et d’y prendre du plaisir.

            Une dernière chose : la lecture numérique, ça peut être aussi un moyen de découvrir de nouveaux auteurs. L’édition numérique fait de belles choses, pas que, mais aussi 🙂

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