Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Beaucoup d’auteurs rêvent de voir leur talent reconnu et leur texte publié par une maison d’édition, qu’elle soit numérique ou non, mais peu se mettent dans la peau d’un professionnel de l’écriture. Amis auteurs, je vous en prie, n’apportez pas d’eau au moulin de ceux qui disent qu’être écrivain n’est pas un métier.

Un texte porteur d’une idée qui sort de l’ordinaire trouvera toujours le chemin du public, mais le fait est que la plupart des textes écrits aujourd’hui, et ce depuis déjà longtemps, ne sont pas des monstres d’originalité. Ce n’est pas gênant : on peut prendre beaucoup de plaisir à lire un texte dont l’idée a déjà été exploitée par cent auteurs auparavant, pour peu qu’elle soit abordée différemment, avec un style plaisant, si les personnages sont attachants, etc.

J’aimerais donc attirer votre attention sur la nécessité de mettre les membres d’un comité de lecture dans les meilleures conditions lorsqu’ils vont découvrir votre oeuvre. Il faut absolument vous ôter de l’idée que les éditeurs n’attendent que votre texte : certains en reçoivent des dizaines par jours et le sort de votre livre va se jouer à peu de chose.

Voici quelques conseils, maintes fois répétés, mais rarement sus et appliqués :

  • N’envoyez pas un manuscrit truffé de fautes d’orthographe : tout le monde ne peut pas être un as de l’orthographe, mais il est rare de n’avoir ni les moyens de se payer un logiciel efficace, ni de connaitre une personne à l’aise dans ce domaine et qui se fera un plaisir de vous donner un coup de main.
  • Soignez la présentation : bien souvent, les éditeurs indiquent sur leur site internet la police, l’interligne, la marge et la taille à utiliser. Dans le cas contraire, un manuscrit en Times New Roman, police 13, interligne double, avec une marge suffisante à gauche contentera n’importe quel éditeur. Intéressez-vous à la typographie : n’oubliez pas les espaces avant les points d’exclamation et d’interrogation ; avant et après les points-virgules ; etc.
  • Respectez les demandes de l’éditeur : s’il ne vous demande que le premier chapitre, ne lui envoyez pas votre roman complet. S’il souhaite un fichier Word, ne lui envoyez pas du PDF ou de l’ePub. S’il vous demande un synopsis (soyez sûr de savoir ce que c’est : n’importe quel ouvrage sur l’écriture vous éclairera à ce sujet), ne lui envoyez pas un quatrième de couverture ! D’ailleurs, n’envoyez jamais un quatrième de couverture à un éditeur : c’est son travail, pas le vôtre.
  • Visez juste : n’envoyez pas un roman à l’eau de rose à un éditeur de polars, même s’il est question de deux policiers qui tombent amoureux l’un de l’autre. Renseignez-vous sur les maisons auxquelles vous adressez votre texte : vous économiserez du temps et de l’argent. Ne vous faites pas blacklister en envoyant n’importe quoi à n’importe qui. Certains éditeurs ont de la mémoire.

Si jusqu’à maintenant vous avez fait tout ce qu’il ne fallait pas faire, ce n’est pas si grave… Il est toujours temps de bien faire et nous avons tous fait des erreurs un jour. La recherche d’un éditeur, ça fait aussi partie du métier d’écrivain !

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À cette heure, 17 Réponses à ce billet.

  1. Sediter dit :

    De très bons conseils qui méritaient d’être rappelés. Le souci vient souvent de l’ego des auteurs qui pensent souvent que les éditeurs n’attendent qu’eux et se sentiraient presque supérieurs à eux pour cela.

    Non, la vérité est que l’éditeur a l’embarras du choix et que s’il décide de jeter un texte à cause de plusieurs fautes sur les premières pages, il le fera sans hésiter. Les éditeurs sont généralement sur-sollicités. J’ai rencontré un petit éditeur amiénois qui recevait plusieurs livres par jour, d’auteurs qui venaient parfois de l’autre bout du monde. Lui-même ne comprenait pas où les auteurs avaient trouvé sa maison d’édition ! Alors imaginez pour les grands éditeurs !

    J’ajouterai qu’il est important, en plus de cibler les éditeurs, de connaître les éditeurs chez qui vous envoyez vos textes, voire d’avoir lu certains des bouquins qu’ils éditent. Ce sera un bon moyen de connaître leur ligne éditoriale, et surtout une marque appréciable de considération.

  2. Llu dit :

    Je me demande d’où vient ce mythe de l’ego surdimensionné de l’auteur qui est persuadé que tout le monde attend son texte. Ça me semble être assez caricatural même si je ne doute pas que certains tombent sous ce cliché.

    Ça dénote tout de même une très grande naïveté pour ne pas dire stupidité et je ne peux pas m’empêcher de penser que de tels auteurs ne sont de toute façon pas bons.

    A part ça d’accord presque sur toute la ligne sauf : « Un texte porteur d’une idée qui sort de l’ordinaire trouvera toujours le chemin du public, mais le fait est que la plupart des textes écrits aujourd’hui, et ce depuis déjà longtemps, ne sont pas des monstres d’originalité. »

    Je n’aime pas réellement la généralisation faite ici. Une idée novatrice ne plaît pas forcément au public (la société a rejeté nombre d’idées trop en avance sur leur temps). Quelque part, je doute que les gens recherchent vraiment l’originalité. Mais, c’est mon côté cynique qui parle 🙂

    • jbb dit :

      Merci de ton commentaire.

      Tiens, j’avais pas l’impression de parler du mythe de l’ego surdimensionné de l’auteur dans cet article 🙂 C’est amusant d’en avoir fait cette lecture. Cela étant dit, d’après ma très modeste expérience, ce n’est malheureusement pas un mythe, mais plutôt une réalité… à ne pas généraliser cependant !

      Concernant ton autre remarque, j’aurais peut-être du écrire : « Un texte porteur d’une idée qui sort de l’ordinaire trouvera toujours le chemin de l’édition ». Tu as raison sur les textes arrivés trop tôt ! Mais ils ont en général toujours trouvé un éditeur assez avant gardiste pour en oser la publication. Après, c’est vrai, la société recherche davantage ce qui la rassure que ce qui la fait réfléchir.

  3. Llu dit :

    Je dis mythe de l’ego (remarque au passage : c’est ego et non égo) de l’auteur mais j’aurais pu aussi dire cliché. C’était pour réagir au commentaire de Sediter qui lui parle d’ego 🙂

    C’est bien dommage si ça correspond à une réalité. Je ne pensais pas qu’on pouvait être aussi idiot et/ou prétentieux.

    • jbb dit :

      Merci pour la remarque orthographique, toujours bienvenue. J’ai donc corrigé !

      Oui, c’est bien dommage, mais on voit aussi l’exact opposé, l’auteur qui n’est absolument pas sûr de lui. C’est beaucoup plus rare, cependant. Il y a aussi beaucoup d’auteurs « normaux » ! Ça ne me parait pas très étonnant, la société est ainsi faite.

      Et comme dit David Lodge, à quelque chose près : « il faut avoir une bonne dose d’ego pour penser qu’on a quelque chose de plus à dire que tous ceux qui nous ont précédé ».

  4. Llu dit :

    Précision pour ego/égo : possible que la deuxième orthographe ait été acceptée. Je reste tout de même fidèle à la première 😉

    • jbb dit :

      Mon dictionnaire (Antidote) ne donne pas l’accent « par défaut », mais dit effectivement que la graphie a été rectifié… Donc oui, il semblerait qu’on accepte les deux.

    • jbb dit :

      Et à propos de la graphie rectifiée d’une manière générale, c’est quelque chose de terrible : beaucoup de gens la prenne pour une faute d’orthographe.

      • Llu dit :

        De rien 🙂
        Déformation « professionnelle » (enfin pas exactement puisque je ne suis pas une correctrice professionnelle mais simple amateur).

        C’est un joyeux bordel et perso, je m’y perds. Je suis née au moment des réformes mais on ne m’a pas appris la graphie rectifiée. Du coup, j’ai toujours un peu de mal quand je vois apparaitre au lieu d’apparaître, aigüe au lieu de aiguë, etc. La liste est longue.

        Dans le lot des mots « rectifiés », finalement, égo me choque le moins. Même si je préfère employer ego.

        J’aime beaucoup la citation de Lodge, merci de me l’avoir rappelée 🙂

  5. Pit dit :

    « Un texte porteur d’une idée qui sort de l’ordinaire trouvera toujours le chemin de l’édition »
    Un tel texte suscitera l’incompréhension et le rejet.
    Voir Primo Levi qui a mis un temps fou à faire éditer Si c’est un homme
    ou Orwell qui a eu d’énormes difficultés à faire publier Animal Farm.
    Sans parler de JK Toole.
    Alors ok, le texte sera édité, mais il faut tenir le coup. C’est un conseil que je donne à mes potes qui écrivent. C’est du talent, et une capacité à affronter l’adversité. A rester debout.
    Car le monde de l’édition, comme les autres, est un monde injuste, imparfait, que les éditeurs ont peur, qu’ils manquent souvent de sensibilité.
    Mais sinon OK à 100 % avec tous tes points.
    Et relire, relire, recorriger 100 fois. Faire relire, et lire à voix haute.

    • jbb dit :

      J’ai jamais dit que c’était facile pour un texte d’être édité 🙂 C’est rarement facile, même. J’imagine bien la tête des éditeurs de l’époque, lisant Animal Farm…

  6. Tipram Poivre dit :

    Je vous ai rencontré sur le site du Souffle numérique.
    Je fais partie du comité de lecture d’un éditeur numérique, et j’interviens dans son Forum. Me permettez-vous de signaler cet article à ses membres ?

    • jbb dit :

      Ravi de vous retrouver ici ! Bien sûr, vous êtes libre de diffuser toutes les informations de ce site internet, quel que soit votre but d’ailleurs (même si c’est pour le critiquer : j’aime quand un article devient un lieu de débat, et je ne prétends pas avoir la science infuse).

      Je prévois de publier dans l’après-midi un article sur les défauts que l’on rencontre le plus souvent dans un manuscrit soumis à une maison d’édition. Peut-être vous intéressera-t-il également ?

      • Tipram dit :

        Je n’hésiterai pas à vous faire part d’un avis divergent, mais ce n’est pas le cas pour l’instant.

        Bien sûr que je suis intéressée par votre article. Je repasserai donc dans le courant de l’après-midi.
        Si vous me permettez une question stupide de la part d’une non-experte en IT, comment puis-je faire pour être avertie dès que vous l’aurez posté ?
        Pour ne pas encombrer votre blog, n’hésitez pas à me répondre à mon adresse e-mail.
        Merci d’avance.

        Tipram

        • jbb dit :

          Je doute que vous utilisiez un agrégateur RSS, si vous me posez la question. Donc, les deux autres solutions disponibles actuellement est de me suivre sur Twitter ou d’aimer ma page sur Facebook. J’ai l’intention de mettre en place une newsletter, mais je n’ai pas encore eu le temps.

          • Tipram dit :

            Effectivement, je n’ai aucune idée de ce que peut être un agrégateur, encore moins l’utiliser.
            Je n’ai pas de compte Twitter, et mon compte Facebook est en état d’hibernation avancé.
            J’attendrai donc votre Newsletter. Ce qui ne m’empêchera pas de toquer à votre porte pour voir si vous avez posté de nouveaux articles.

            Tipram

  7. […] fautes d’orthographe : Sans surprise, ce sont les fautes d’orthographe qui tiennent le haut du pavé. Cela va de l’acceptable (quelques fautes par-ci par-là) à […]

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