Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Vous avez entendu parler du Club des 5 ? Pas la série de romans policiers pour la jeunesse parus entre 1942 et 1963, mais le petit groupe que nous formions officieusement avec Pierrick Messien (blogueur), Pauline Doudelet (auteur), Roxane Lecomte (infographiste et codeuse pour Publie.net), Jiminy Panoz (auteur et codeur pour Studio Walrus) et moi-même. Non ? Je ne suis pas étonné, croire le contraire aurait été nous donner plus d’importance que nous en avons. J’ai employé à dessein l’imparfait pour le verbe « former », car le groupe n’est plus vraiment depuis quelques jours. L’explosion a été brusque et soudaine, et je dois dire que je n’ai pas tout compris. Mais j’ai entendu que certains craignaient que notre petit groupe n’apparaisse un jour trop malsain auprès du public… Aussi me suis-je posé une question : faut-il donc ne pas avoir d’amis pour être clean dans le milieu de l’édition ?

Le copinage dans l’édition… Voilà un thème qui n’en finit pas de faire gloser dans les chaumières, surtout dans celles des auteurs refoulés par les maisons d’édition, ou qui ne vendent pas autant d’exemplaires qu’ils le voudraient. En même temps, nier que le copinage parisien pourrit le milieu de l’édition et plus largement le prestige intellectuel de la France – qui n’existe plus à mon avis – serait une grave erreur. Oui, il y a du copinage dans l’édition, même s’il n’est pas responsable de tous les maux.

Au jour d’aujourd’hui* le livre numérique est une aventure, la naissance de quelque chose de nouveau, mais dont le parallèle avec ce qu’il vise à remplacer ou à compléter est inévitable. Il est humain que nous tâchions de ne pas reproduire les erreurs de nos illustres prédécesseurs. Pour autant, pouvons-nous empêcher d’éprouver des sentiments tout aussi humains d’amitiés ou tout au moins de reconnaissance envers certains de nos confrères, collègues ou concurrents ? Cela me semble impossible. Quoiqu’il advienne, je ne pourrai m’empêcher d’apprécier le travail de chacun des membres du feu Club des 5. Et je trouve cela plus sain et honnête de ne pas cacher ces accointances au public. Ce serait faire notre petite cuisine en secret qui serait fautif.

Au final, je crois que notre plus grande erreur fut ce surnom de Club des 5, qui ne se voulait pourtant pas sérieux pour un sou. Peut-être cela a-t-il donné l’impression que nous étions fermés aux autres, alors que j’étais personnellement favorable à l’ouverture à qui le voulait.

Enfin, j’ai la conviction qu’il sera impossible d’arriver à nos fins – à savoir la réussite de nos projets dans le domaine littéraire numérique – en faisant notre popote chacun de notre côté. Le passé regorge d’exemples où des auteurs, éditeurs, dessinateurs, développeurs, etc. ont réussi parce qu’ils avaient travaillé en groupe plutôt qu’isolé. Et ce n’est pas le copinage qui a expliqué ces réussites, mais l’émulsion intellectuelle, le brainstorming, l’entraide et l’échange permanent de conseils.

Bref, il faut arrêter de voir le diable du copinage partout et nous aimer les uns les autres. En public.

* spéciale dédicace pour Pauline

À cette heure, 17 Réponses à ce billet.

  1. TheSFReader dit :

    Sérieux ? N’importe Nawak !

  2. TheSFReader dit :

    Réponse ci-dessus assez courte, mais elle résume l’évidence : Le problème c’est pas l’amitié, c’est les conflits d’intérêts.
    Si vous ne pouvez pas percevoir ce qui relève de l’un plutôt que de l’autre, je veux bien croire qu’il y a un soucis, mais dans le cas contraire, je n’en vois pas.

    Et si vous voulez vous surnommer le « club des cinq », j’trouve ça plutôt rigolo, et justement un bon moyen de matérialiser votre conscience de ces conflits d’intérets potentiels, et donc de les éviter.

    Reste à ne pas se faire flasher par les ayant-droits d’Enid Blyton 😉

  3. Mais nan mais JB, c’est pas sérieux, c’est pas grave, c’est juste un coup de stress, wow wow wow, pis on n’est pas un gang, ni une bande, ni queutchi, on s’écrit des mails quoi. Pas d’affolage dans ta chaumière. 😉

    • jbb dit :

      Non mais je trouvais que la question du copinage méritait d’être posé. J’y songeais même avant le club des 5… Cela me parait utopiste de poursuivre toute forme de copinage par principe. C’est naturel et somme toute plus bénéfique que néfaste. Surtout quand c’est entre des personnes aussi intelligentes que nous ! 😀

      Donc le club des 5 est mort, vive le club des 5 !

  4. Sediter dit :

    Attends… Y a un chien dans le vrai Club des 5 ? Je savais pas ça ! Je veux être le chien ! 😀

    Bon, j’ignore si tout ça méritait un article, mais je pense que s’il y a une leçon à retenir pour n’importe quel auteur ou éditeur qui passerait par là : faîtes vous des amis ! 😉

    L’idée n’est finalement pas de faire du copinage bête et méchant comme cela peut être le cas dans telle entreprise, chez tel éditeur, chez telle personne… Au final, qui peut d’ailleurs empêcher le copinage ? Il y en a toujours une part, et où que ce soit ! L’idée est finalement de se rapprocher des gens qui partagent les mêmes centres d’intérêt que nous, et qui peuvent aussi nous permettre de créer un « réseau ».

    J’apprécie personnellement de partager tant d’interactions avec tous les Twittos orientés édition numérique, même si j’ai conscience qu’il s’agit d’un microcosme, d’une mini-société qui peut avoir le défaut de tourner en rond. Pour autant, je n’ai pas l’impression que quiconque soit fermé sur lui-même dans ce secteur, et il suffit d’ailleurs de se jeter dans la ronde pour y avoir une place.

    Bien sûr, j’essaie d’aider mes « amis » twittos (particulièrement les auteurs) quand j’apprécie leur travail, via des chroniques de leurs livres, en parlant d’eux autour de moi, en liant leurs sites, en relisant leurs livres, tout comme j’essaie d’aider quiconque me contacte sur Twitter ou sur mon blog. Ce n’est pas pour autant que j’encenserai les livres de mes amis twittos si je les trouvais mauvais, ni que je me sentirais corrompu jusqu’à l’os en parlant d’eux !

    Alors oui auteurs, venez nous parler sur Twitter, venez parler à quiconque s’intéresse à votre domaine, sans monopoliser le sujet sur votre propre personne. Intéressez-vous aux autres, ils s’intéresseront à vous, nouez des liens et enrichissez-vous d’échanges et de discussions. Commentez les blogs, le votre sera commenté en retour.

    C’est finalement comme ça que les choses avancent. Appelez ça copinage ou non, je trouve personnellement qu’il s’agit simplement de relations, d’amitiés, de choses finalement bien naturelles pour n’importe qui. Car le « Web 2.0 » n’est pas forcément une question d’égo, en tout cas je l’espère sincèrement.

    • jbb dit :

      Ptain’ t’es chiant Pierrick ! Tu m’as piqué ma réplique (« je veux être le chien »)… En même temps, je l’avais laissé à disposition de qui voulait s’en saisir.

      Et si, cela méritait un article. Je trouve la question intéressante et pertinente, et ça faisait longtemps que l’idée me trottait dans la tête. Je suis persuadé qu’en plus, ça va m’amener des gens sur le blog : les mots clés « copinage » et « édition », je suis sûr que c’est bankable ! 🙂

    • Paumadou dit :

      Zut, je voulais te proposer le rôle (avec ton regard toujours extérieur, tu ne vois pas les choses comme un humain numériquement-normal, donc Sediter, tu n’es pas vraiment un humain :P)

      Une chose que j’aime avec toi, c’est que tu m’as souvent fait voir les choses de l’extérieur, un peu comme un dégonfleur de chevilles enflées (ou le cassage d’illusions, espèce de briseurs de rêves ! XD) et puis j’aime bien ton petit côté naïf qui pige rien à la « technique » des ebooks.
      Voilà, je le dis en public (vu qu’on doit faire ça en public y paraît, après si on doit faire ça en public, ça va partir en sucette avec plein d’allusions à peine sous-entendues, et je crois que c’est puni par la loi dans notre pays, du coup, je vais faire le minimum histoire de rester une respectable mère de famille indigne – la mère, pas la famille) je t’aime Sediter (j’ai déjà demandé Panoz en mariage, mais je peux être polyandre sans souci)

      Pour le « feu club des cinq » j’ai jamais lu le club des cinq, on ne fait que discuter par mail (vous avez ici, une idée d’un mail que je pourrais écrire pour ce « club », en oubliant une fois sur deux de faire « répondre à tous », ce qui fait que je parle à tous, mais à une seule personne – en général Sediter, qui ne voit pas que j’ai pas répondu à tous et du coup, on discute qu’à deux, c’est sympa aussi 😛 )

      Bref (pardon: Anyway), pour moi, y’a pas un club, juste 5 personnes qui ont des sujets de discussions autour du livre numérique (c’est parfois très technique, donc très chiant, surtout quand il y a un bug sur les conversions… vous loupez rien, Sediter vous le dira).
      Parfois j’ai eu envie d’ajouter une ou deux autres personnes dans la discussion, mais je l’ai pas fait par peur de voir le nombre de mails gonfler à mort (quoi que si, je crois avoir ajouté JBB un jour, et le voilà qui parle du « Write Club » alors qu’il est interdit de parler du « Write Club » – oui, on a aussi beaucoup de référence ciné, surtout des nanards introuvables)

      « L’éclatement » je ne l’ai pas ressenti (ok, y’a quelques jours que ça cause plus – tant mieux parce que j’ai pas le temps de lire vos 356 mails par jour) pour moi, c’est un groupe mouvant en fonction des gens qui pourraient être intéressé par la conversation.
      Pour le copinage, actuellement, tout fonctionne par réseau : on trouve un logement parce qu’on connait quelqu’un (même de loin) qui peut nous présenter au proprio et nous rendre viable à ses yeux (qui de nos jours a 2 CDI à plus de 5k par mois ? ben voilà, mon appart, je l’ai eu parce que la dame de l’agence nous connaît depuis 6ans et sait qu’on est des locataires sans problème… je sais même pas son nom, mais c’est une partie de mon « réseau » très vaste qui passe de la femme de ménage de l’immeuble au clodo qui squatte devant le Picard…)
      Pour moi, le copinage c’est faire une critique élogieuse (et fausse) d’un bouquin de X parce que ça aura un intérêt pour moi à l’avenir (« je me fais bien voir, il va s’intéresser à moi, il pourra me rendre la pareille, blablabla »), là il n’y avait pas de ça. On est (toujours) plutôt comme des collègues qui discutent entre eux de leur boulot (et de beaucoup d’autres choses surtout – nan, je ne parlerai pas même sous la torture). Sachant que nous sommes tous des travailleurs indépendants (sauf Sediter – il faut vous y faire, c’est un leitmotiv :P), nous bossons seuls chez nous, ces échanges mails tiennent de la vie sociale pendant le boulot. Après, il arrive qu’on se passe des liens ou des infos, mais j’avoue qu’on se concerte jamais pour savoir qui écrira quoi sur son blog ou qui publiera quoi et où, comment… Encore moins du léchage de bottes (ce qui fait que ça clashe assez souvent, mais ça passe aussi vite que c’est arrivé 😉 )

      Bon j’arrête (qu’est-ce que je suis bavarde quand j’ai plus de voix…)
      Pau. qui a une angine

      (voilà, vous avez un exemple de mail ultratop secret du club des cinq qui n’est pas un club, qui n’a pas cinq participants – Sediter, on ne peut pas te considérer comme un participant, n’est-ce pas ?)

      • jbb dit :

        Wooh oh oh ! On se calme sur les allusions graveleuse, sinon va falloir que je mette un disclaimer à l’entrée de mon site ! 😀

        Sinon, je suis d’accord avec toi Pauline – ça se fête 🙂 J’aime bien ta façon de voir les choses.

        Moi aussi j’ai eu plusieurs fois envie d’ajouter d’autres personnes à la conversation, mais j’ai eu un peu la même réticence que toi. C’est pas dit que je ne me laisse pas tenter… surtout si Jiminy ne pourrit plus nos conversations (Attention, 2nd degré ! Je vais le regretter s’il s’en va… En plus, qui va se fighter avec Roxane maintenant ? Je vote pour Pierrick !).

        • Sediter dit :

          Et mais je viens de voir que Paumadou était ressuscitée ! Et elle est en train de dévoiler tous les secrets de notre club tout en faisant des déclarations d’amour graveleuses !

          Mais bref, la situation est bien décrite. Et un jour on osera inviter plein de gens en plus dans les conversations, et nos boîtes mails deviendront des Twitter ! 😉

  5. On se désinscrit tous de twitter alors ? C’est extrême mais faut dire ce qui est avec internet et surtout twitter, on discute toute la journée avec des « concurrents » (je n’aime pas ce mot pour le numérique) qui sont aussi des amis ! Tout se sait ! Moi je trouve ça bien que des initiatives comme la votre, ou comme le forum de TheSFReader permette d’échanger et de peut être aboutir à un truc pas trop mal ou à une idée de génie qui fera avancer le numérique ! C’est pas en restant chacun dans son coin qu’on va avancer et qu’on va donner envie au réfractaire de découvrir les immenses possibilités du numérique !
    La seule chose que je peux voir de négatif dans votre club c’est quand Pierrick chronique un livre de Pauline ou JiminyPan parce que d’un point de vue extérieur on peut se dire qu’il est pas super objectif !

    • jbb dit :

      Merci, Pauline à couette, tu es la voix de la sagesse 🙂

      Je suis d’accord avec ta dernière phrase. C’est pour cela que je pense qu’il ne faut pas se cacher, que les gens en aient conscience lorsqu’ils lisent une chronique (en même temps, généralement, Pierrick sous-entend souvent une introduction une certaine complicité avec l’auteur, si c’est le cas). Et il est aussi préférable pour Pierrick de garder une certaine objectivité – en pointant notamment les défauts d’un ouvrage – s’il veut que ses lecteurs continuent à le prendre au sérieux.

  6. Bon ben voilà pierrick tu as répondu à mon objection avant même que je ne la soulève 🙂
    Et je suis tout à fait d’accord pour le microcosme. On a l’impression que tout le monde s’y connaît en numérique si on passe la journée sur twitter mais c’est parce que ça fonctionne sur le mode Qui se ressemble s’assemble. Du coup il faut pas oublier d’aller chercher d’autres avis, dans d’autres cercle ! Perso j’ai converti une copine cette semaine et mon grand père de 80 ans à demandé une liseuse pour son anniversaire ! Et ça c’est cool !!
    PS: oui oui le cinquième membre du club c’est un chien !

    • Paumadou dit :

      T’inquiètes, Pauline, Sediter n’a pas aimé mes histoires de Zombies et il ne l’a pas encensé sur son blog
      Et je ne m’en suis toujours pas remise, il ne m’aime pas, c’est un méchant, je vais aller lui pourrir son blog dans les commentaires pour qu’il en parle de manière élogieuse vu qu’il a pas payé pour le lire, c’est un scandale, il pourrait avoir la décence d’en dire du bien, ou même juste d’en parler, tiens ! 😛 (ceci était ironique, je précise vu que par mails, nous partons très facilement en vrille sur le mode « auteur maudit contre le monde entier » XD)

  7. JL Michel dit :

    Je me demande si tu ne te prendrais pas un peu trop la tête avec ça, JB. Quelque soit le job, il y a toujours eu des amitiés, des cercles, des confréries… Votre club des 5, ça n’a rien à voir avec le club des Oui-oui de St Germain des Prés : là pour le coup, il y a VRAIMENT du copinage, et c’est pas le Skulls & Bones non plus.
    De plus, dans le monde de l’écriture, tout n’est pas si noir : Alexis Jenni, le dernier Goncourt (L’art français de la guerre) ne fait pas forcément partie du sérail et ça fait du bien à tout le monde ! En plus, l’édition numérique mérite toujours plus de réflexions sur son existence, son modèle économique, ses pratiques. Qu’il y ait un groupe (ou un club si tu préfères) pour essayer d’en définir les contours, pourquoi pas, vous n’en êtes même pas les premiers sur ce thème, JF Bon et quelques autres sont aussi sur le coup 😉
    Sinon, pour ce qui te concerne, Numériklivres est encore une petite maison d’édition avec un catalogue qui s’étoffe de jour en jour. ça en fait une structure encore fragile et par conséquent en pleine époque de construction sur le plan de la crédibilité, il ne doit donc y avoir la place que pour la recherche de la qualité. Et puis c’est aussi une belle aventure à déconseiller à ceux qui recherchent des « à-valoir ». Enfin, moi, c’est ce qui me plait dans cette aventure !

    Enfin, j’dis ça…J’dis rien ! hein ?! 😉

  8. Copinage est un mot péjoratif. Enfin, c’est ce qu’il me semble véhiculer dans les conversations.
    Parlons d’affinités, de sensibilité littéraire, affective et intellectuelle. Pour moi, il faut rester ouvert, ouvert à toute tentative ! Quelle soit d’un auteur, d’un editeur ou de quiconque qui entreprend ou propose quelque chose. C’est dans cet esprit que j’avance dans l’aventure numérique. Les empires n’existant pas encore il n’y a pas encore de rapports de force, de conflits d’intérêt et de jalousies. Essayons de ne pas reproduire les vieux shémas… Ouvrons les yeux, restons attentifs aux autres ! Essayons je dis bien ! 😉

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