Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Ce n’est pas très original – en tout cas ça l’est de moins en moins –, mais j’avoue ne pas très bien comprendre le pourquoi de la rentrée littéraire… Enfin, si ce n’était que le pourquoi, je ne suis pas aussi innocent que j’en ai l’air, mais le comment ?! Les partisans de cette partouze littéraire vivent-ils sur une autre planète, ou essaient-ils de nous le faire croire ? 

Je vous rassure, j’ai capté l’objectif commercial de la rentrée littéraire, mais si l’on pousse le raisonnement économique un peu plus loin : pourquoi en septembre ? Les gens viennent de rentrer de vacances, ils se sont saignés aux quatre veines pour payer une location plein pot, ils ont toutes les fournitures de la rentrée (scolaire celle-ci) à acheter, ils doivent régler le troisième tiers de l’IR, et la taxe foncière ne va pas tarder à pointer le bout de son nez pour les heureux propriétaires. Qui a encore les moyens de se payer des nouveautés grand format après ça ?

Admettons qu’il y ait plus de gens riches en France que ce que l’on croit.

Pourquoi, tous les ans, mettre en avant les mêmes auteurs ? Nothomb, Djian, Angot, et j’en passe. Les arbres qui cachent la forêt des nouveaux auteurs talentueux. J’ai la faiblesse de penser que les écrivains précités ont déjà leur lectorat, et que leurs aficionados sont assez grands pour suivre tous seuls l’actualité de leurs auteurs préférés. Pourquoi ne pas profiter de cet événement pour mettre sous les feux de la rampe les gladiateurs de premiers romans. Et seulement eux. Ce serait-y pas sympa, un événement juste pour les bleus de la plume ? Pour leur donner une chance de prouver que Christine Angot peut aller se rhabiller !

Admettons que la littérature française perdrait à voir s’éloigner l’ombre de ces grands écrivains bientôt oubliés.

Pourquoi « la rentrée littéraire » ? Pour qu’il y ait « rentrée », il faut qu’il y ait d’abord eu « sortie »… L’édition traditionnelle marche-t-elle si bien que ces entreprises pas comme les autres peuvent se permettre de cesser toute activité pendant l’été ? Si c’est le cas, il est urgent de cesser toute subvention à la chaine du livre.

Chez Numériklivres, comme chez tous les autres éditeurs numériques – et pour être honnête, de plus en plus de petits et moyens éditeurs papiers –, la rentrée littéraire, c’est toute l’année ! On reçoit des manuscrits, on les lit (si, si), on les sélectionne, on les retravaille, on les formate, et on les sort dès que possible. À de très rares exceptions dues à l’actualité. On essaie de prévoir un peu à l’avance, bien entendu, et d’étaler les parutions dans le temps pour être disponible pour la promotion de nos titres au moment T. Plutôt que de prévoir un maximum de titre pour une date mal choisie, et de se dire : advienne que pourra de certains textes. Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?

À cette heure, 4 Réponses à ce billet.

  1. Thomas Galley dit :

    Ah, sacrées rentrées – littéraires et autre 🙂 À vrai dire, un concept qui m’a toujours étonné. C’est un peu comme si tout le pays se réveillait d’un coup, se reprenait en main après un sommeil très, très long – agité par des rêves ou plutôt des cauchemars ?

    Quant à ce qui précède la rentrée, et bien, si j’en juge d’après le silence de mon éditeur, il semblerait qu’il ait effectivement emprunté une sortie quelconque pour se sauver de tous ses auteurs importuns 😉 De là à vouloir supprimer les subventions, je ne sais pas, mais je m’en voudrais sans doute de rendre la vie moins douce aux compères Millet et compagnie :-S

    Et puis, pour revenir à ces mêmes noms remâchés de rentrée en rentrée, je me souviens de ce que vient de me dire notre gérant : Il est infiniment plus facile (entendez : moins cher !) de faire passer les choses connues que d’éduquer les goûts et de proposer de nouveaux mets. Peu importe l’indigestion contractée par une consommation immodérée des éternels best-sellers.

    Amitiés,

    Thomas

  2. […] et particulièrement sur la Toile, on peut d’ailleurs en avoir un aperçu dans ce très pertinent billet de Jean-Basile Boutak. Néanmoins, il me semblait justement utile de rendre compte de cette “rentrée” sous […]

  3. Jeanmi dit :

    « Rentrée littéraire » voilà la spécificité française et au mois d’octobre en plus quand tout le monde a tout craqué pendant les vacances. Un vrai non-sens mais pourquoi pas AVANT les vacances au mois de mai, histoire de faire le plein de livres pour la plage. Un non-sens j’vous dis

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