Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Où suis-je ? Où vais-je ? Qu’asperge ? Dans quelle étagère ? Des questions simples et quasi existentielles sur l’écriture et l’écrivain, voilà la recette de cette (nouvelle) rubrique. J’ai la conviction que c’est un bon moyen de susciter l’envie de découvrir l’oeuvre d’un auteur. Pour cette première, c’est Pit Agarmen qui me fait l’honneur de s’y coller. Il a publié à la rentrée La Nuit a dévoré le monde chez Robert Laffont, un roman de zombie atypique et très réussi. Atypique, car on a un peu l’impression de lire un roman de genre écrit par un auteur de littérature blanche,  quelqu’un qui naviguerait sans complexes entre deux eaux. Et réussi, car c’est un bon livre, pardi ! Mais ne patientons pas plus longtemps : place aux mots, c’est parti.

Qu’est-ce que tu écris ?

Des romans, des articles, des essais, des textes critiques, de la bande dessinée, des livres pour enfants et pour ados.

Depuis combien de temps écris-tu ?

J’écris depuis une bonne vingtaine d’années, je suis publié depuis douze ans *.

Pourquoi écris-tu ?

J’aime ça. J’aime ça à la folie. Je me sens inadapté dans le monde réel, alors que je me sens à ma place dans l’écriture.

Pour qui écris-tu ?

Pour moi. J’écris les livres que j’aimerai lire. Pour mes amis, des gens qui pourraient être des amis. Des alliés. Pour ne pas être seul. Que les gens perdus et sensibles ne se sentent pas seuls. Pour consoler, me consoler. Pour m’améliorer. Pour apporter du plaisir et de la beauté. Pour surprendre. Enchanter le monde. Pour dévoiler la dureté et l’horreur de la vie en société. Décrire l’hypocrisie.

Où écris-tu ?

Depuis des années, j’écris au sein d’ateliers collectifs. Avec, suivant les ateliers, des photographes, des auteurs bd, des dessinateurs, une scénariste, etc. Là je suis avec des graphistes, une journaliste et des dessinateurs. L’ambiance est studieuse, concentrée, et en même temps très riche du fait de nos discussions, on déjeune ensemble, on prend un café. On discute création. C’est le lieu d’une grande concentration et d’un échange.

Quand écris-tu ?

Toute la journée, avec des pauses.

Et même quand je n’écris pas, j’écris. Être écrivain c’est avoir le désir et la capacité d’être obsédé et hanté par des histoires et des personnages. Mon roman ne me lâche pas dès que je lâche mon stylo. Une bonne partie du travail se fait sans écrire : par la réflexion, la divagation, la contemplation.

Combien de temps consacres-tu à l’écriture tous les jours ?

Plusieurs heures.

Comment écris-tu : as-tu des rituels, un processus que tu appliques systématiquement ?

Mon rituel : m’asseoir et m’y mettre.

Les 7 choix cornéliens (ou pas…)

Stylo ou clavier ?

Les deux. Utiliser deux instruments est fertile, ça permet une dynamique. Les mots, les phrases, les idées n’ont pas la même forme, je les vois sous un jour différent, ça leur donne une autre couleur, ça les décale. Et c’est une bonne chose.

Papier ou numérique ?

Papier. J’ai fait quelques ePubs, mais rien n’est en ligne pour l’instant. J’ai une liseuse, et j’ai lu quelques auteurs français et américains auto-publiés. De bonnes choses parfois. Mais il faut la recharger de temps en temps, et surtout elle est longue à s’allumer (Kobo). Il faudrait que la technique évolue encore. Là il y a encore trop de défauts à mon goût. Il reste que ça me sert à lire des livres épuisés ou pas dispo en papier. Mais si j’ai le choix, c’est papier. D’autant que je souligne et je prends des notes en cours de lecture. Et le système de notes n’est pas au point sur liseuse. Et surtout, si je change de marque, si je passe à Kindle, je perds toutes mes notes. Je suis donc sceptique.

Musique ou silence ?

Les deux. Ça dépend de mon humeur, du moment.

Classiques ou contemporains ?

Les deux.

Noël ou anniversaire ?

Les deux. J’adore les rituels religieux et païens. J’adore offrir des cadeaux (et en recevoir).

Édition ou autopublication ?

Édition. Mais l’auto-édition (numérique ou pas) peut permettre des choses intéressantes : pour des écrivains publiés par ailleurs (pour republier des textes indisponibles, pour proposer des choses refusées, des formes plus courtes, tenter des expériences, etc.), pour des écrivains non publiés en papier : les éditeurs loupent toujours des auteurs intéressants. Et certains auteurs peuvent aimer le contrôle total que permet l’auto-édition. Ensuite éditeur est un vrai métier : il y a discussion, ça profite au livre. Il est vrai que des connaissances/amis peuvent jouer ce rôle pour l’auteur auto-édité.

Littérature blanche ou littérature de genre ? 

Les deux. Les frontières sont sclérosantes. Battons-nous contre ça, et prenons du plaisir partout où l’on peut en prendre. Car la littérature c’est du plaisir.

* Pit Agarmen est l’anagramme de Martin Page, auteur – notamment – de l’excellent Comment je suis devenu stupide.

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À cette heure, 4 Réponses à ce billet.

  1. Alabergerie dit :

    Très belle entrevue. Mister Page répond vite, bien, et sereinement. On est loin des pitreries gonflantes d’un Beigbeder ou de la hargne ce Yann Moix, dont les insultes me restent encore en travers de la gorge.

    Je remarque que les réponses de monsieur Agarmen sont succintes et rapides : elles sont finalement comme des titres qui appellent un développement (cliquons dessus pour voir s’ils bougent). Par exemple : « Ensuite éditeur est un vrai métier : il y a discussion, ça profite au livre. » Cette phrase est un vrai programme de réunion ! Donc on a envie d’en lire un peu plus encore, pour mieux connaître l’ami Pit.

    • jbb dit :

      Merci de ton commentaire.

      L’idée de cette rubrique, c’est justement des questions simples, qui peuvent amener des réponses courtes ou développées, selon le style ou la personnalité de l’écrivain interrogé.

  2. […] de susciter l’envie de découvrir l’œuvre d’un auteur. Après Pit Agarmen/Martin Page, qui a inauguré cette série d’interviews, c’est autour d’Olivier Gechter de se prêter au jeu. Olivier publie ce mois-ci aux Éditions […]

  3. […] que c’est un bon moyen de susciter l’envie de découvrir l’œuvre d’un auteur. Après Pit Agarmen/Martin Page et Olivier Gechter, c’est au tour de Neil Jomunsi, nom de plume d’un éditeur aux dents longues […]

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