Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

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Si vous me suivez sur Facebook ou Twitter, vous avez peut-être remarqué que je m’interrogeais sur le devenir de ce site. Non, que j’envisage de le fermer – j’estime qu’avoir un blog est l’investissement numérique minimum pour un auteur aujourd’hui –, mais j’ai des doutes sur son orientation « éditoriale », pour utiliser un mot pompeux.

Au commencement était le blog, pour paraphraser un autre Jean, apôtre celui-là. C’était la seule page du site, et j’y publiais des réflexions sur l’écriture, la lecture, le numérique, ma petite personne, etc., à raison d’un billet par semaine environ. Avec le temps, le rythme est devenu un peu plus fluctuant, et le contenu est devenu plus informatif, voire commercial, moins réflexif. Les conséquences de ce changement n’ont pas tardé à se faire sentir : moins de commentaires, moins d’interactions. C’est pourtant tellement enrichissant. Il est aussi possible que j’ai lassé certaines personnes, que j’ai pu paraître dogmatique ou prétentieux. Ceux avec qui j’ai pu discuter savent que ce n’est pas le cas (j’espère !). Cela étant dit, le nombre de visites n’a pas diminué, il a même un peu augmenté.

Et une page Lectures est venue compléter le blog. Elle a pendant longtemps privilégié les ouvrages numériques, car il me semblait à l’époque que c’étaient ces textes qui avaient besoin d’être portés plus que tous les autres. C’est toujours vrai, il y a encore des textes qui ont besoin qu’on parle d’eux, mais un an et demi plus tard, leur exposition est sans commune mesure. De nombreux blogs littéraires qui ne chroniquaient autrefois que des ouvrages papier sont venus au numérique, au moins en partie.

Aujourd’hui, je me pose la question : quelle est ma place ?

Une page Publications a récemment fait son apparition, modestement, à l’occasion de la parution de Historietas – Les Yeux de Fatalitas puis de Le père Noël ne meurt jamais et des 50 micronouvelles.

Car je me considère avant tout comme un auteur, et même si tout auteur doit d’abord être un lecteur. Un auteur débutant, qui a tout à prouver, mais un auteur quand même.

Dans ce cas, mon rôle est-il de critiquer ? Les auteurs ne doivent-ils pas s’astreindre à la plus grande neutralité vis-à-vis du travail de leurs semblables et des autres intervenants du métier du livre, numérique ou non ?

Que peut m’apporter la critique ? Même si je n’ai jamais rien dit en pensant que j’aurais fait mieux, je me rends compte aujourd’hui que cela a dû forcément être pris comme cela, un jour ou l’autre. Qu’ai-je à gagner, mis à part le ressentiment d’autres personnes et des portes qui se ferment ? La franchise a généralement son prix à payer. Je n’ai jamais obtenu une chronique pour un de mes titres en chroniquant ceux des autres. Je ne l’ai d’ailleurs jamais fait pour cela, mais si au bout de compte, critiquer ne peut m’apporter que du négatif, pourquoi est-ce que je continuerais ? Cela prend du temps, qui serait sans doute mieux utilisé si je le consacrais à ma propre écriture. Et puis, je serais toujours ouvert à donner mon opinion en aparté à qui me le demandera, dans la mesure du possible.

D’autant qu’être partie prenante chez des éditeurs, même en tant que simple auteur, m’oblige à la réserve. Les quitter ne change rien. Par exemple, j’ai à certaines occasions critiqué Numériklivres. C’était maladroit, je m’en rends compte. Par ailleurs, je ne me vois pas en critiquer certains sans avoir une liberté de parole totale envers tous. Ce serait parfois voir la paille dans l’œil du voisin sans voir la poutre qu’on a dans le sien. Ce serait comme oublier de balayer devant sa porte.

Je pense donc me diriger petit à petit vers un blog dans le genre de celui de Martin Page, écrivain que j’apprécie particulièrement. C’est à dire d’abord informatif, sans m’interdire d’évoquer rapidement quelques lectures/films/séries que j’ai particulièrement appréciés, ou de publier des articles sur le processus créatif (même si Pierrick fait ça très bien). Quand je dis « informatif », je ne parle pas forcément de mon petit nombril, mais d’initiatives que je trouve funs, de manifestations, que sais-je encore ?

Les pages Lectures vont disparaître [comme la page Pal (Pile à Lire)], donc si vous voulez récupérer un avis y figurant, faites-le rapidement. Dans le pire des cas, j’en garde un double sur mon ordinateur, donc n’hésitez pas à me contacter.

Une part de moi regrette ces changements, car je suis quelqu’un de franc et généreux. Mais il faut savoir ce que l’on veut, et se remettre en question, c’est aussi cela.

À cette heure, 2 Réponses à ce billet.

  1. Tipram Poivre dit :

    Cher Jean-Basile,

    Je respecte votre envie de changement tout en regrettant la suppression des pages que vous mentionnez.

    Vous doutez, et c’est un excellent symptôme de votre vitalité, comme l’affirme l’ami René. Et puisque vous avez décidé de continuer à nous faire profiter de vos billets, tout va bien…

    Si cela peut vous rassurer, vous ne m’avez jamais donné le sentiment que vous étiez un homme dogmatique ni prétentieux. L’image que vos écrits projettent est celle d’un altruiste qui a envie de partager ce qu’il aime à des inconnus qui ont en commun avec vous le goût de la lecture et de l’écriture.

    Concernant les critiques négatives, je ne les assimile pas à du dénigrement. (Je parle bien entendu des critiques sérieuses et sincères, et non des jugements lapidaires non-accompagnés d’explications.) La langue anglaise emploie, je crois, un mot qui ôte toute agressivité péjorative à cet exercice complexe qu’est la critique, puisqu’elle parle de « review », l’équivalent imparfait du français « chronique ».

    La critique décrit la nature du moment que le lecteur a vécu au fil des pages. Donc, un moment extrêmement subjectif, puisque conditionné par son état d’esprit ainsi que par son histoire personnelle. Un auteur qui exprimerait du ressentiment parce que son livre n’a pas plu se déconsidèrerait gravement.
    Pour ma part, face à une telle réaction, je prendrais mes jambes à mon cou, et surtout, je ne me risquerais pas à lire une seule page de ce que cet auteur a produit.

    Bien que j’enfonce une porte ouverte, je dirai que, au cours de ces dix dernières années, la problématique autour de la lecture a profondément changé. Et ce n’est pas fini. Les critiques « professionnels » continueront de voir leur influence décliner rapidement au profit du bouche à oreille, grâce aux blogs tels que le vôtre, et grâce aux conversations réelles entre amis/collègues. C’est eux qui seront les vrais prescripteurs, qui provoqueront l’acte d’achat et de lecture.

    En tout cas, je suis bien soulagée de savoir que vous restez présent sur le Net, car j’aime bien les quelques îlots virtuels que j’ai pris l’habitude de visiter, et dont JBB fait partie.
    Je me dis chaque fois avec gourmandise « Chic alors ! Que va-t-il nous raconter cette fois-ci… ». Et je délaisse souvent mes activités soi-disant sérieuses pour dévorer vos billets.

    A quand le prochain article ? (joke)

    Tipram

    • Jean-Basile Boutak dit :

      Merci Tipram pour votre commentaire et vos encouragements.

      Oui, je vais continuer à publier de nouveaux articles régulièrement, et j’espère encore quelques réflexions sur la littérature et l’écriture, de la technique, des interviews (dans la série « Dans quelle étagère »), mais plus de critiques de livres ou sur l’édition, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Je signalerai sans doute encore mes lectures marquantes, mais brièvement, à la manière de Martin Page sur son blog (ce qui ne veut pas dire que mon blog va être la copie du sien, œuf corse, mais j’aime sa manière de l’utiliser et je vais m’en inspirer un peu).

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