Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Couverture « De bonnes nouvelles »

La nouvelle a, je crois, d’excellentes vertus pédagogiques pour les auteurs débutants – dont je suis. Je n’ai rien inventé, de grands écrivains l’ont dit avant moi. Dans une conférence en 2001, Ray Bradbury a expliqué en substance : « Si vous débutez en écriture, vous pouvez vous lancer dans un roman, mais il est difficile de garder sa motivation sur une année. Et par manque de technique, vous risquez de vous retrouver bloqué. Au lieu de cela, vous pouvez vous fixer l’objectif d’écrire une nouvelle par semaine. Au bout d’un an, vous aurez écrit 52 histoires et vous aurez sans doute appris davantage qu’en échouant à écrire un roman. Et parmi ces 52 histoires, il y en aura au moins une qui vaudra le coup et qui tiendra debout. »

Faut-il le préciser, Ray Bradburry, comme Asimov et beaucoup d’auteurs de SF de son époque, s’est fait connaître en écrivant des nouvelles pour des magazines Pulps. À l’origine, les deux cycles les plus connus d’Asimov (Fondation et celui des Robots) sont d’ailleurs des nouvelles.

Il en est de même aujourd’hui, et en SF comme dans tous les autres genres. Il y a pléthore de concours et d’appels à textes, et d’après ce que je sais, pléthore de participants.

La lecture numérique ne devrait rien y changer. Celle-ci est plus « fragmentaire » qu’avec le papier, du moins quand elle est pratiquée sur smartphone et/ou dans les transports en commun. Les lecteurs apprécient donc les titres qui leur permettent de lire par petits bouts, sans rien perdre du texte. Si possible à petits prix. Les éditeurs l’ont bien compris :

  • Walrus propose la Boîte de Schrödinger et ses Micros.
  • Publie.net propose Ouvrez… et le projet nerval.fr
  • Edicool propose ses Dix (collection dans laquelle est parue Historietas).
  • Bragelonne propose la collection Brage.
  • Et j’en oublie certainement (n’hésitez pas à me les signaler en commentaire).

De son côté, Numériklivres préfère les séries comme le Waldgänger ou Les Héros ça s’trompe jamais (liste non exhaustive), inspirées d’une pratique populaire à l’époque du Judex de Bernède. L’exercice est un peu différent, car il faut alors que l’histoire ait une réelle cohérence sur la totalité des épisodes, et que chacun de ceux-là possède un minimum d’autonomie.

Cela dit, peut-être aurez-vous remarqué que peu d’éditeurs communiquent sur le terme de « nouvelle ». Il semblerait qu’il soit peu vendeur. Le Belial’ se distingue peut-être sur ce point, en ne taisant pas le mot et en proposant régulièrement et gratuitement des textes sur sa boutique. Ils sont alors utilisées comme outils de promotion pour des recueils complets ou des romans des mêmes auteurs. Il faut dire que cet éditeur fait la part belle à la nouvelle depuis près de 20 ans, dans sa magnifique « revue » Bifrost.

En ce qui me concerne, même si je continue de travailler sur des romans, je suis bien décidé à poursuivre l’écriture de nouvelles. J’en ai encore besoin, et j’aime ça. Mon prochain objectif d’auteur est donc de proposer un texte 100 % SF (car pour l’instant, j’ai plutôt versé dans le fantastique) à Walrus pour sa collection Micros. Et à plus long terme, au Belial pour Bifrost. C’est sans doute là-bas que les places sont les plus chères en SF, mais on a le droit de rêver, non ?

MAJ : On me signale dans l’oreillette l’oubli impardonnable de la revue numérique de SF Angle Mort

À cette heure, 4 Réponses à ce billet.

  1. Tipram Poivre dit :

    J’ai récemment découvert « Les Costello » de Laurent Bettoni chez La Bourdonnaye, disponible chez Immatériel, et sans doute aussi les géants.
    Premier épidose gratuit.
    Un nouvel épisode le 15 de chaque mois à 0,99 euros.

    Une famille de vampires vraiment pas comme les autres.
    J’ai été emballée. Je n’ai pas encore eu le temps de lire le second. J’espère qu’il tiendra les promesses du premier.

    Je comprends votre envie de continuer à écrire des nouvelles. Comme vous le savez, je ne l’avais jamais fait avant le concours de Syllabaire. Je crois bien que j’essaierai d’en écrire d’autres, pour toutes les raisons que vous avez citées, mëme si je ne n’appliquerai pas la recommandation de Bradbury concernant le rythme d’une nouvelle par semaine.

    Tipram

    • Jean-Basile Boutak dit :

      Merci Tipram pour votre recommandation, je viens de « l’acheter » sur Kobo, et j’ai vu qu’il était également disponible sur Amazon. D’après ce que vous me dîtes, cela ressemble aux séries de Numériklivres. Avec les mêmes outils marketing (premier épisode gratuit, suivants à 0.99 €) d’ailleurs ; c’est normal que les gens « copient » quand un concept marche, et puis Numériklivres se sont eux-mêmes inspirés du roman en feuilleton qui ne date pas d’hier – mais je pense que c’est la politique tarifaire qui fait le succès en numérique, en plus du talent des auteurs bien entendu.

      C’est vrai que le rythme de Bradbury est particulièrement soutenu, et j’aurais également bien du mal à le suivre.

      J’ai lu deux nouvelles du recueil de Syllabaire (la vôtre et la première), mais je ne l’ai pas encore lu dans sa totalité.

  2. Je ne connaissais pas cette citation de Bradbury, mais il n’avait pas tort le bougre 🙂
    En tout cas, je te souhaite tout le succès possible.
    Cela dit, participer à des AT et des concours – sauf si tu publies à chaque fois, ce qui n’est pas toujours le cas pour moi – ça va pendant un temps. En tout cas, c’est utile pour tester les « ficelles », te mettre les mains dans le cambouis et te confronter à ton rêve de devenir auteur. D’autant qu’écrire une nouvelle qui fonctionne ça demande beaucoup de boulot, car il faut convaincre en un minimum de signes.

    Pour ma part, je me remets tout doucement dans le bain et je prends certaine précaution quant à mon temps d’écriture et surtout sur ce que j’écris. Car écrire, c’est bien mais écrire efficacement c’est mieux ^^.

    • Jean-Basile Boutak dit :

      Merci Jérémy pour ton commentaire, tes encouragements et tes vœux 🙂

      Je te rejoins sur plusieurs points.

      C’est vrai qu’il ne faut pas se cantonner à répondre à des AT pour des textes courts, en tout cas pas sur le long terme. Au début, ça peut être bien pour se mettre le pied à l’étrier. Ensuite, c’est bien de passer au roman, même si ça n’empêche pas de continuer à écrire des nouvelles, parce qu’on aime ça, ou que l’histoire que l’on a très envie de raconter se prête davantage à cette forme. Cela dit, les textes refusés par les AT ne sont pas perdus, car tu peux toujours les garder sous le coude en vue d’un recueil.

      C’est également vrai qu’un texte court, ce n’est pas le nombre de mots d’un roman divisé par le temps passé multiplié par le nombre de mots de la nouvelle (je ne suis pas sûr d’être très clair). La différence au niveau de la préparation, notamment, est moins flagrante que celle au niveau de la taille le laisse supposer. En tout cas, je ne sais pas quel sera le résultat, mais j’ai énormément bossé sur celle que je suis en train d’écrire.

      Depuis le premier texte « littéraire » que j’ai réussi à terminer, je vais et je viens entre la nouvelle et le roman, au fil de mon apprentissage. Le roman est plus dur à maîtriser (je n’ai pas encore réussi à obtenir un résultat publiable, même si les éditeurs en reçoivent de plus mauvais), mais il est essentiel à certaines histoires. Je vais y revenir bientôt. Après ce texte pour Walrus, puis l’AT « À voile et à vapeur » pour lequel j’ai une idée et dont le thème me plaît beaucoup, je vais m’atteler à la réécriture de plusieurs romans, de genres différents (SF, polar, jeunesse). Même si la feuille de route peut changer, si une envie pressante se fait sentir 😀

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