Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Couverture « Comment (faire) lire une manuscrit »

Vous venez de terminer votre roman, et vous êtes impatient de le faire lire à quelqu’un. C’est bien, c’est normal : la lecture par un (ou plusieurs) tiers avant l’envoi à un éditeur est une étape IN-DIS-PEN-SABLE. Mais bien souvent, le pauvre bougre sur qui tombera ce fardeau sera bien en peine de vous aider. La plupart du temps, il s’agira d’un de vos proches qui, mal formé à cette pratique et désireux de ne pas vous froisser, vous gratifiera d’un « c’est pas mal » qui ne vous permettra guère d’améliorer votre texte – car oui, il y a peu de chances que celui-ci soit parfait du premier coup.

Pour qu’il ne perde pas son temps – ou pire qu’il ne se sente pas obligé de relire une seconde fois votre chef d’œuvre –, préparez une liste de choses auxquelles vous voudriez qu’il porte plus particulièrement son attention, et parlez-en avec lui au moment où vous lui confiez votre précieux. Cela lui permettra de savoir à quoi s’attendre, et d’y porter toute son attention pendant sa lecture.

Prévenez-le que vous allez lui demander :

  • s’il a trouvé l’histoire, les actions et les personnages crédibles ;
  • s’il a eu du mal à identifier les personnages (a-t-il confondu Jim avec Joe ?) ;
  • s’il a trouvé les personnages attachants ou au contraire détestables (cela vous permettra de savoir si vous avez obtenu l’effet désiré) ;
  • s’il y a des moments où il s’est ennuyé, et si oui, lesquels ;
  • dans le cas d’un roman policier (notamment s’il s’agit d’un whodunit), s’il a trouvé qui était le meurtrier, et si oui, à quel moment ;
  • s’il estime que les personnages ont évolué au cours de l’histoire ;
  • s’il a trouvé le début accrocheur ;
  • si la fin a répondu à toutes ses questions, et sinon, lesquelles sont restées en suspens ;

Demandez-lui de noter :

  • les phrases, paragraphes voire pages qu’il a dû relire plusieurs fois pour les comprendre ;
  • les incohérences (une voiture rouge qui devient verte, etc.) ;
  • les répétitions (à moins que vous disposiez d’un logiciel pour les repérer) ;
  • les fautes d’orthographe.

Exigez :

  • qu’il s’abstienne à tout prix de vous dire comment il aurait écrit l’histoire à votre place 😉

La liste n’est pas exhaustive.

Ensuite, il ne vous reste plus qu’à attendre qu’il fasse son office et se prête au jeu. Et à vous asseoir sur votre ego. Car un lecteur ne se trompe jamais sur un ressenti. N’essayez donc pas de lui prouver qu’il a tort, vous ne feriez que perdre un lecteur bienveillant.

Ceux qui ont eu la chance de lire les ouvrages sur l’écriture d’Orson Scott Card auront peut-être reconnu son « lecteur avisé ». C’est en effet la même idée, que j’ai agrémentée de suggestions personnelles.

Et encore une fois, on n’insistera jamais assez sur l’importance de cette étape dans le processus d’écriture, surtout si vous êtes un auteur débutant.

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À cette heure, 3 Réponses à ce billet.

  1. Cécile B dit :

    « Car un lecteur ne se trompe jamais sur un ressenti. »
    Donc tu admets que j’ai raison. Tu râles, tu boudes et tu es vexé (parce que s’asseoir sur ton égo mon amour, tu ne fais pas ça aussi gracieusement que sur un coussin), mais tu admets que j’ai raison !
    JE SUIS LA LECTRICE TOUTE PUISSANTE !!! (Pardon, je m’égards, mon égo sans doute…)

    Note pour plus tard : je t’aime et j’aime l’auteur que tu es, même si je suis ultra-chiante comme lectrice (et que j’ai du mal à ne pas mettre mon grain de sel partout, pas j’apprends à garder ma propre créativité pour mes créations pâtisseriques.)

    • Jean-Basile Boutak dit :

      Je ne râle que quand tu essaies de mettre ton grain de sel 😉 Généralement, tu ne te bornes pas à répondre aux questions ci-dessus. Donc c’est toi qui ne sais pas t’y prendre avec l’ego des auteurs. Surtout que tu aurais pu tomber sur bien pire.

      Et puis je finis toujours par te dire que tu as raison.

      Non, mais !

      P.-S. Cela dit, j’ai un ego fragile, comme tous les auteurs… Et comme dirait Lodge : « Pour penser qu’on a quelque chose à dire de plus que ce qui a déjà été écrit, il faut avoir un sacré ego ! »

  2. […] Comment bien faire relire un manuscrit (ou en gros, quoi demander à vos bêta lecteurs) […]

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