Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Bannière « Ceci n'est pas un réseau social »

Il paraît qu’un réseau social est créé toutes les secondes dans le monde. Non, je déconne. Quoique, on puisse se demander. Une chose est sûre : ils ont le vent en poupe. Jusqu’à quand ? Mystère. On peut penser que c’est parti pour durer. Dans ce cas, quid de ces réseaux pour nous, auteurs, éditeurs, créatifs ? Ceci est bien mon point de vue personnel.

Pour un auteur qui débute aujourd’hui, le minimum semble être de se créer un compte Facebook, un compte Twitter, et si possible un blog (WordPress le plus souvent). Et s’il lui reste un peu de temps après avoir animé tout ce bazar, il peut éventuellement continuer à écrire des livres/réaliser des illustrations/lire des manuscrits/etc. Car s’il y a une première chose que l’on peut dire à propos des réseaux sociaux, c’est qu’ils sont terriblement chronophages, et pour ne rien arranger, additifs : on a vite fait de « checker » plus souvent que de raison sa page Facebook (pour voir si on a été « liké » ou si Paul a posté sur son mur un lien super rigolo) ou son compte Twitter (pour voir si on a été « retweeté » ou si Pierre a recommandé un lien super utile pour faire des ePubs à partir de caca de fourmis). Je ne me moque pas, j’en suis la première victime. Depuis quelques jours, j’utilise d’ailleurs une application simple et pratique pour me déconnecter, et m’obliger à être davantage productif : Freedom. Je conseille.

L’équilibre est difficile à trouver. D’autant que ces « likes » et ces « retweets » donnent bien souvent l’illusion d’une visibilité, qui fait cruellement défaut aux auteurs débutants, justement. On peut être tenté de se dire : plus de temps j’y accorderai, meilleures seront mes ventes. Rien n’est moins vrai à mon avis. Plusieurs raisons à cela.
D’abord, on risque de se répéter et de lasser. Rien de pire pour l’utilisateur lambda des réseaux sociaux, qui vient y chercher de l’info, que d’être submergé par la même info, cinquante fois en cinq minutes. C’est le meilleur moyen de dégoûter vos potentiels lecteurs, à tout jamais… Même chose d’ailleurs pour le statut sponsorisé sur Facebook. C’est une invention du démon. C’est vrai qu’une information doit être vue plusieurs fois pour être retenue, mais il est conseillé que ce soit par des canaux différents, et point trop n’en faut. La vie n’est pas une publicité pour Juvamine.
Ensuite, on aurait tort de croire que les gens lisent ce qu’on raconte. Certains le font, mais c’est une minorité. La plupart des gens sont surtout intéressés par ce qu’ils ont à raconter. D’ailleurs, le plus souvent, chercher le débat sur un mur Facebook ou via des messages de 140 caractères sur Twitter est mal vu. Ce n’est pas la place pour ce genre de choses. Il vaut mieux se contenter de « liker » ou de « retweeter », voire éventuellement d’écrire « tu as raison ! c’est super ! génial ! ». Avec un complice, j’ai d’ailleurs tenté une expérience sur Facebook ces dernières semaines : copier/coller les statuts d’une tierce personne, et en faire des conversations à la fois sentencieuses et surréalistes. Croyez-moi ou non, pratiquement personne ne s’est étonné de ce manège, une personne ou deux tout au plus. Et la pauvre victime chez qui nous allions puiser l’inspiration n’a remarqué nos emprunts qu’au bout de plusieurs semaines. Édifiant. Pour revenir à l’effet sur les ventes d’un auteur, autant dire que le taux de conversion est dans ces conditions d’attention très faible.
Enfin, il ne faut sans doute pas tout mélanger. Le personnel et le professionnel – car oui, les auteurs doivent se professionnaliser. Si son compte Twitter ou Facebook est utilisé pour son activité d’auteur, éviter de trop parler de politique par exemple. Éviter les banalités affligeantes, du type « ce matin, j’ai mangé une pomme ». De partager (trop) de photos avec des chatons, ou des images avec des citations vachement belles, mais bourrées de fautes d’orthographe. Petit aparté : faites attention à l’orthographe sur les réseaux sociaux si vous êtes auteur, rien de tel pour refroidir les ardeurs de certains lecteurs potentiels. Si vous ne voulez pas vous priver de ces plaisirs simples, créez vous un compte perso où vous n’acceptez que des gens que vous connaissez, de « vrais » amis.

Faut-il pour autant se passer des réseaux sociaux ? Non, je ne crois pas. Même si la visibilité est minime, en trompe-l’œil, c’est d’une part la seule à la disposition de l’auteur débutant, et cela reste un moyen simple de tenir informés vos lecteurs fidèles et intéressés (car il y en a toujours, même s’ils sont parfois discrets) par votre « actualité ». Et au fur et à mesure que vous gagnerez en notoriété, les réseaux sociaux pourront devenir le lieu de véritables échanges avec ceux-ci. Disons que votre présence sur ceux-ci est un investissement à long terme.

De belles relations peuvent naître de Facebook ou Twitter, mais ce n’est pas tous les jours le cas. Il me semble important d’être conscient de cela. Car l’illusion est parfois convaincante, et la chute brutale. C’est la vie, quoi.

À cette heure, 4 Réponses à ce billet.

  1. Sediter dit :

    De bonnes choses dans cet article, et je partage assez ton avis. Il m’a rappelé mes débuts sur Twitter, où chaque nouveau follower me faisait l’effet d’une immense réussite personnelle !

    Je pense que pour les auteurs et tout le toutim, l’essentiel à comprendre est que ces réseaux ne sont pas vraiment des outils promotionnels (ou sinon à long terme, comme tu le dis).

    Tu as oublié le pire travers, au delà des fautes ou des phrases banales et ennuyantes, celui de créer des pages dédiées au spam massif ! Combien d’auteurs continuent de poster frénétiquement des tweets ou posts de publicité vers leur livre, comme si un seul tweet avait jamais engendré une vente…

    Je pense que les réseaux sociaux, tout du moins au début, permettent surtout de nouer des relations avec des éditeurs, auteurs, etc. Et donc de gagner en expérience grâce à nos tiers, de voir ce qui se fait, ce qui se vend, ce qui marche, ce qui ne marche pas.

    S’ils ne vous permettront pas de vendre vos livres, vous pourrez tout du moins y faire de belles découvertes. C’est déjà ça !

    • Jean-Basile Boutak dit :

      Merci Pierrick pour ton commentaire.

      Non, non, je n’ai pas oublié les spammeurs. C’est d’eux dont je parle quand je mets en garde contre le risque de répétition, et donc d’overdose pour les lecteurs. Je pense que cela ne part pas toujours d’une mauvaise intention, et que certains n’en sont même pas conscients. La frontière entre une promo « normale » et « outrancière » est parfois mince.

      Et oui, je suis d’accord, on peut néanmoins faire de belles rencontres, et les réseaux sociaux peuvent être à l’origine de mises en relation fructueuses sur le plan professionnel. Je crains néanmoins que ce soit de moins en moins vrai, car l’affluence n’aidant pas, on se retrouve plus facilement noyé parmi la multitude. Et cela crée au contraire un sentiment de frustration chez certains qui se sentent méprisés des auteurs/éditeurs/etc. qu’ils suivent, alors que c’est seulement une impossibilité pour ceux-ci de répondre à tous, dans des délais raisonnables en tout cas. Les réseaux sociaux engendrent une impression de proximité qui peut vite se révéler « piégeuse ».

      (je me suis permis de corriger ton premier commentaire et de supprimer le second)

  2. Jeanne dit :

    En gros, je suis d’accord, même s’il me semble justement qu’à ce stade, les gens savent cela. Mais comme tu le dis toi-même, faites ce que je dis, pas ce que je fais… Je plaide également coupable. J’essaie de rester des jours entiers sans aller une seule fois sur les réseaux sociaux, si ce n’est sans allumer l’ordinateur, des fois que mes activités me le permettent (lecture de manuscrits ou dernière correction d’un ebook). Je sais qu’une fois que je m’aventure sur Fb, Twitter ou autre, j’ai déjà perdu plusieurs heures de ma journée de travail… 😛

    • Jean-Basile Boutak dit :

      Merci Jeanne pour ta contribution 🙂

      J’aimerais que ce soit aussi évident, mais certaines réactions prouvent que ce n’est pas toujours le cas 🙁 Cela étant dit, je trouve que c’est assez représentatif de la société dans laquelle nous vivons. Il y a donc en effet une certaine logique.

      Freedom fonctionne sur Windows et Mac. J’ai vraiment gagné des heures de réelle productivité depuis une petite semaine que je l’utilise. Après, j’ai bien conscience d’être faible 😀

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