Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Couverture « Dans quelle étagère : Neil Jomunsi »

Où suis-je ? Où vais-je ? Qu’asperge ? Dans quelle étagère ? Des questions simples et quasi existentielles sur l’écriture et l’écrivain, voilà la recette de cette rubrique. J’ai la conviction que c’est un bon moyen de susciter l’envie de découvrir l’œuvre d’un auteur. Après Pit Agarmen/Martin Page et Olivier Gechter, c’est au tour de Neil Jomunsi, nom de plume d’un éditeur aux dents longues (ceci est à prendre au sens propre, enfin presque), de passer à la casserole. Neil se lance ce mois-ci dans un beau challenge : le « Projet Bradbury ». Du nom et de l’idée du célèbre écrivain de SF, il s’agit d’écrire 52 nouvelles en 52 semaines. Hasard du calendrier, il en publie aujourd’hui le premier texte, Nouveau message.

Qu’est-ce que tu écris ?

J’ai longtemps cru que j’étais ce que l’on appelle un écrivain de genre. J’ai une prédilection pour le fantastique depuis que je suis tout petit, de Poe à Swift en passant par Lovecraft, Gaiman, Palahniuk et bien sûr, Bradbury. Mais je me suis petit à petit rendu compte que ce que j’aime avant tout, ce sont les situations extraordinaires. Les personnages extraordinaires m’intéressent peu. En revanche, j’aime confronter un personnage ordinaire à une situation extraordinaire. C’est dans ce contexte que je me sens le mieux, et le fantastique n’intervient parfois même pas : le roman sur lequel je planche se déroule dans un contexte parfaitement réaliste. Loufoque, déjanté, dingue… mais réaliste. Je me sens assez proche de Palahniuk pour cela. J’écris donc des nouvelles et des romans dans cet univers.

Depuis combien de temps écris-tu ?

Mes premiers souvenirs d’écriture remontent à mes douze ou treize ans, même si je pense avoir eu des velléités d’écrivain un peu plus tôt, à la lecture de Bilbo le Hobbit. J devais avoir huit ou neuf ans et je me souviens distinctement m’être dit : c’est ça que je veux faire… sans trop savoir ce que « ça » désignait. Je voulais pouvoir retrouver l’effet que Tolkien m’avait procuré. L’idée d’écrire n’est venue que plus tard, lorsque j’ai découvert les textes de Lovecraft vers treize ou quatorze ans. J’ai soudain réalisé le pouvoir des histoires, et l’impact qu’elles pouvaient avoir sur un lecteur.

Pourquoi écris-tu ?

Pour toutes les raisons du monde. Parce que cela me permet d’exprimer quelque chose de moi que je n’arrive à exprimer que de cette manière, et qui est un peu envahissant quelquefois. Parce que je vois des choses et que j’ai envie de les faire partager à ceux que j’aime. Parce que comme tout le monde, j’ai envie d’être aimé, reconnu, admiré. Parce que j’aime le regard des gens lorsque je leur dis que j’écris. Parce que j’ambitionne d’en faire mon métier à temps plein et que je veux nourrir ma famille avec l’argent de mes livres. Parce que je n’aime pas le salariat et le monde de l’entreprise. Parce que je peux écrire en pyjama, en France comme à Berlin, à Bruxelles comme à Marbella, et qu’Internet me permet d’être en contact avec mes lecteurs à toute heure du jour et de la nuit. Parce que j’aime férocement les livres. Parce que j’aime ça, que ça me passionne, tout simplement. J’aurais peut-être dû commencer par ce bout, non ?

Pour qui écris-tu ?

Pour tout le monde, d’abord. Ensuite, pour mes parents, ma femme, beaucoup pour mes futurs enfants, pour qu’ils soient fiers de moi. Pour quelques idiots qui m’ennuyaient au collège aussi, et quelques amours déçus. Pour moi enfin, mais uniquement parce que j’ai, comme tous les auteurs, une peur maladive de ne rien laisser de mon passage sur la terre.

Où écris-tu ?

Chez moi la plupart du temps, dans le silence. Je ne supporte ni le bruit, ni la musique, ni le mouvement autour de moi quand j’écris. Mon attention peut quelquefois s’avérer limitée. Je dois donc être exigeant et concentrer toute mon énergie à l’écriture en évitant les distractions. J’admire les auteurs qui sont capables d’écrire à une terrasse de café. J’ai essayé, mais je n’ai jamais réussi à écrire plus de deux lignes valables. La dernière fois, j’ai même cassé mon stylo avant même de pouvoir écrire une ligne. Avant même de recevoir ma commande. J’étais furieux.

Quand écris-tu ?

En journée. J commence en général vers 10 h, je prends une pause vers midi et je recommence vers 14 h, jusqu’à extinction des feux.

Combien de temps consacres-tu à l’écriture tous les jours ?

Environ 4 à 5 heures en ce qui concerne l’écriture pure : au-delà, mes forces s’épuisent. Si je suis en période de relecture, je peux travailler plus longtemps.

Comment écris-tu : as-tu des rituels, un processus que tu appliques systématiquement ?

Non, pas vraiment. Je n’ai pas de rituel. Je me dis juste que je dois faire ce qu’il faut pour que les mots soient couchés sur la feuille à la fin de la journée. Alors je m’assois et j’écris.

Les 7 choix cornéliens (ou pas…)

Stylo ou clavier ?

J’aime passionnément les stylos et le papier. J’écris le premier jet de mes romans à la main, sur des cahiers. Mais pour les nouvelles, j’ai besoin d’un peu plus de réactivité, donc clavier, et particulièrement pour ce Projet Bradbury dans lequel je me suis lancé et qui doit me conduire à écrire 52 nouvelles en 52 semaines. Pas de temps à perdre, donc.

Papier ou numérique ?

Même chose : je vénère le papier d’une part, mais j’aime beaucoup les possibilités du numérique de l’autre.

Musique ou silence ?

Silence, définitivement. La musique teinte les textes de certains sentiments qu’il est difficile de récupérer en relisant dans le silence, ou sur une autre musique.

Classiques ou contemporains ?

C’est facile d’aimer les classiques, comme de dire que la peinture produisait de meilleurs artistes au XIXe siècle qu’aujourd’hui. Pour un Van Gogh que l’Histoire a retenu, combien de peintres oubliés, mauvais, médiocres qui sont passés à la trappe ? Le temps a écrémé tout ça. Après, je lis peu de contemporains, car d’une part, c’est cher et que d’autre part, j’ai énormément de livres dans ma bibliothèque et que beaucoup attendent encore d’être lus, et notamment des classiques, que j’aime aussi relire. Je pense que lire, c’est aussi relire. Après, j’admire beaucoup d’auteurs contemporains.

Noël ou anniversaire ?

J’aime passionnément les deux et peu importe ce qu’en dira Corneille.

Édition ou autopublication ?

J’ai tendance à faire confiance aux choix de mes éditeurs préférés, comme le Diable Vauvert. Mais l’autopublication est définitivement une voie que je souhaite creuser en parallèle de mes recherches d’éditeurs. Elle permet une réactivité que le circuit traditionnel ne peut pas suivre, et quelque part tant mieux.

Littérature blanche ou littérature de genre ?

Je lis Bradbury et Lovecraft mais j’adore Camus, Céline et Hemingway. Comment veux-tu choisir une voie ? J’ai été libraire pendant trop longtemps pour mettre les livres dans de petites cases.

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