Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Couverture « Quelques mots sur "Les Naufragés de la Djumna" »

Je m’étais promis de ne plus parler des livres que j’édite sur mon blog, mais Les Naufragés de la Djumna est un cas un peu particulier. Tout d’abord, c’est un classique, et ensuite… et ensuite je l’explique dans la postface ci-dessous (pour la préface, elle sera bientôt disponible sur le site des Éditions de Londres) :

Dans la préface, une phrase vous aura peut-être intrigué : « Il y a avant tout une raison sentimentale, l’histoire d’un “beau livre”, seul rescapé de l’immense bibliothèque d’un grand-père trop tôt disparu. »

L’édition originale des Naufragés de la Djumna par la Librairie Ch. Delagrave, datant de 1902, est en effet le seul livre que j’ai pu récupérer de la bibliothèque de mon grand-père maternel, et l’un des rares souvenirs que j’ai de lui. Je me revois, enfant, dans cette pièce triangulaire, avec ces échelles sur lesquelles je tremblais dès les premiers barreaux escaladés, si bien que je me demandais quels pouvaient être les ouvrages qui se trouvaient sur les plus hauts rayonnages. Je me revois assis dans un coin à tourner les pages délicates de ce bouquin qui me faisait songer à celui de L’histoire sans fin, tandis que j’entendais à travers la porte mon grand-père jouer du piano (j’avais d’ailleurs surnommé ces grands-parents papy et mamie piano). Longtemps j’ai cru que son morceau de prédilection était Jésus que ma joie demeure, mais ma mère m’a dit récemment qu’il n’en était rien. J’avais sans doute inconsciemment assimilé sa bigoterie à ses talents de pianiste.

Je ne pense pas que ce livre ait eu une importance particulière pour lui, je ne suis même pas sûr qu’il lui ait appartenu – l’un de mes oncles stockait plusieurs des siens dans cette bibliothèque, bien après qu’il soit parti de la maison. Mais pour moi, il est le réceptacle de ce souvenir. C’est mon horcrux.

C’est la raison originelle qui m’a poussé à numériser ce texte, avant même une quelconque considération littéraire sur sa qualité ou sa rareté.

À ce sujet, il s’agit de ma première expérience de numérisation, et n’étant pas particulièrement équipé pour ce genre de tâche, j’ai donc recopié phrase par phrase l’intégralité de ce roman. Cela m’a permis d’entretenir un rapport encore plus intime avec le livre. En constatant certaines coquilles ou incohérences typographiques, j’ai parfois imaginé le travail fastidieux du typographe de l’époque, bien loin du confort de l’outil informatique. Et j’ai peut-être davantage eu l’impression de sauvegarder une partie de notre patrimoine que si je l’avais scanné et passé dans un logiciel de reconnaissance de caractère.

Pendant que nous préparions cette publication (à notre connaissance la première en numérique et en français d’un texte d’Emilio Salgari), ma maison a été victime d’un incendie. Le livre a survécu, mais de toute manière, je sais maintenant qu’il ne se perdra plus.

Pendant que nous préparions cette publication, mamie piano s’en est allée rejoindre papy piano. Je ne pense pas que le fantasque Salgari m’en voudrait si je leur dédiais la présente édition.

Les Naufragés de la Djumna d’Emilio Salgari est d’ores et déjà disponible sur les principales e-librairies. Vous trouverez les bonnes adresses sur la page « Publications », même si ce n’en est pas vraiment une – mais dans mon cœur, c’est tout comme. Précisons enfin que l’illustration de couverture est celle utilisée pour l’édition originale italienne, et que notre édition comporte de nombreuses gravures d’Émile Trigoulet.

À cette heure, 2 Réponses à ce billet.

  1. Escrocgriffe dit :

    Quel bel hommage… Je suis très touché par cet article, et cette magnifique histoire dépasse largement du cadre éditorial, votre grand-père peut-être fier de vous…

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