Écriture & Édition par Jean-Basile Boutak

Couverture de « Drôle de billet pour une drôle d'année »

Non, je n’ai pas perdu la tête : je ne publie pas au début de novembre mon billet de vœux 2015. En écrivant année, je parle des douze (quatorze en fait) derniers mois qui viennent de s’écouler, et de ce qui s’est passé dans ma vie.

Le 28 août 2013, j’étais réveillé en pleine nuit par des bruits dans la rue, je me levais ouvrir la fenêtre pour voir de quoi il retournait et je constatais que des flammes de trois mètres sortaient par celle de la maison voisine. Et la plupart de mes projets, personnels ou professionnels, allaient être plus ou moins contrariés.

Tout d’abord, en retirer le positif.

Il s’agit d’un malheureux accident, mais le drame a été évité : aucune perte humaine n’a été à déplorer, je n’ai eu à porter le deuil de personne – pas même de ma souris, qui n’est décédée que plusieurs mois plus tard, de sa belle mort. Nous avons perdu pas mal d’argent, mais heureusement, je ne suis pas matérialiste. Ce genre d’événement nous rappelle que la vie peut basculer d’un moment à l’autre, que nous ne pouvons pas savoir de quoi demain sera fait. Et pour un auteur, les sentiments positifs ou négatifs que cela engendre fatalement sont un terreau fertile sur lequel travailler, de la littérature sur brûlis en quelque sorte. J’ai envie d’écrire sur ce qui s’est passé, sur les réflexions que cela m’a inspirées, mais je pense aussi que cela transparaîtra de manière plus subtile dans mes prochains textes.

Pour ce qui est du négatif, tout pourrait pratiquement se résumer à un seul mot : temps. Que de temps perdu !

Car il faut se battre contre lui, et tout refaire ce qui a déjà été fait. Et votre compagnie d’assurance, que vous payez fort cher dans l’espoir d’être épaulé dans un coup du sort comme celui-ci, est un grand suceur de temps, un trou noir, une machine à ralentir la marche des choses tandis que les jours, les mois s’écoulent normalement. Pour faire court, je pense que nous avons fait un bond en arrière de dix-huit mois ; nous aurons passé un an et demi à revenir à l’état de notre vie au 28 août 2013. Et encore.

Et tandis que l’on s’épuise à cela, le reste n’avance plus, ou mal.

Moi qui n’aie pourtant jamais été victime du syndrome de la Page Blanche, j’ai éprouvé les pires difficultés dans mon écriture. Heureusement, car cela me tenait à cœur, j’ai réussi à écrire une nouvelle pour l’anthologie À voile et à vapeur avant d’être rattrapé par mon hypersensibilité. Après, j’ai essayé de m’accrocher, mais j’ai eu l’impression de rester embourbé dans la vase de mes mots et de mes idées. Peut-être la faute à un texte récalcitrant arrivé au mauvais moment ? Par bonheur, je pouvais compter sur une certitude : l’écriture ne me quittera plus. Je savais que je pouvais la remiser de côté quelques mois, et qu’elle serait toujours là à mon retour.

Cela étant, l’écriture est un travail solitaire.

En fait, j’ai surtout culpabilisé concernant mes activités d’éditions, c’est-à-dire la collection « East End » dont j’ai la responsabilité pour les Éditions de Londres. Pas qu’on m’ait mis la pression : Vincent et Isabelle Potier sont des personnes très humaines et compréhensives, en plus d’être éminemment sympathiques. Je n’ai à ce jour aucun grief contre la maison à laquelle je collabore depuis maintenant plus d’un an. Mais d’une certaine manière, cela m’oblige encore davantage. Je me sens également responsable vis-à-vis des auteurs ; heureusement, ils ont tous été formidables et je les en remercie une nouvelle fois ici. Entendons-nous bien cependant : la collection a avancé, mais pas aussi vite et bien que je l’espérais avant l’incendie.

Ce dernier n’est pas totalement derrière nous (il reste la maison du voisin à démolir, avec les dangers que cela peut représenter pour la notre), mais la situation tend à revenir à la normale, et moi à une routine d’écriture et de travail éditorial, indispensable à la progression dans chacune de ces activités. Je vais m’efforcer de m’y astreindre dès cette semaine. Cet article en est le premier résultat.

Je terminerai par une note positive. Alors que ma créativité littéraire était au plus bas, mon envie créatrice n’en était pas moins présente, et j’ai découvert une nouvelle activité qui m’apporte beaucoup de plaisir dans ce domaine : la photographie. Si le cœur vous en dit, je vous laisse le loisir de vous rendre sur le site, la page Facebook et le compte Twitter que j’y consacre dorénavant.

Répondre


Attention : Les commentaires dont le nom/pseudonyme est trop anonyme (ex. : « anonyme » et ses déclinaisons) seront supprimés.