Lectures 2011 | 2012
La note associée à chacun des livres de cette liste reflète davantage le plaisir de lecture que la simple qualité littéraire de l’ouvrage.
La sonnette ne marche pas de Gilles Maugenest
Note : NSP
Avis : Difficile de donner une note à ce titre de la collection E-Lire… Difficile de dire ce qu’il est. Il n’est pas un roman-photo, pas un essai, pas une BD, pas de la poésie, mais il est un peu tout ça. Jean-François Gayrard le définit comme de la littérature de rue, et je crois qu’il a raison. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à le parcourir, dans le sens exhaustif du terme. C’est un projet atypique, qui pique la curiosité
Je vous conseille d’aller voir la bande-annonce, et si vous en tombez amoureux, vous ne devriez pas regretter la lecture du livre qui, en quelque sorte, la prolonge.
Qui a tué Bob Teal de Dashiell Hammett
Note : 13/20
Avis : Au niveau de la présentation, rien à redire : le travail de la Dame au Chapal sur la couverture et la mise en page est remarquable. La collaboration de cette dernière apporte à la maison d’édition une véritable bouffée d’oxygène.
En ce qui concerne le contenu, disons que je ne me ferais pas une opinion sur Dashiell Hammett à la lecture de texte. L’histoire est plutôt bateau – a-t-elle mal vieillie ? – et la traduction ne m’a pas convaincu : impressions de mot à mot depuis l’anglais et d’un traducteur qui manquait de style en français.
Mais c’est à toi que je pense de Gary A. Braunbeck
Note : 18,5/20
Avis : À la fin du roman, un petit paragraphe explique que Mais c’est à toi que je pense est souvent considéré comme le plus grand livre de Gary A. Braunbeck. Ce n’est pas très étonnant, car je crois que n’importe quel auteur de thriller aimerait au moins une fois dans sa vie écrire un roman d’une telle intensité.
Chose relativement rare de nos jours — le thriller étant un genre à la mode — l’histoire est relativement originale : elle raconte la libération d’une personne kidnappée (en fait, c’est beaucoup plus complexe que ça, mais je n’ai pas envie de vous gâcher le début).
En parlant de phénomène de mode, il est également question de pédophilie dans ce livre ! Sans le vouloir, cela fait trois romans que je lis en quelques mois qui traitent de ce sujet particulier. Cela doit visiblement en inspirer plus d’un. Ici, comme dans Moloch, c’est plutôt bien amené. Attention cependant aux âmes sensibles, Mais c’est à toi que je pense est d’une extrême violence… Vous êtes prévenus.
J’aurai pu mettre 19 à cette lecture, mais quelques (rares) clichés et deux ou trois scènes qui m’ont semblé manquer de crédibilité m’ont retenu de le faire.
Fog de James Herbert
Note : 15,5/20
Avis : N’est pas Stephen King qui veut. Je ne suis pas un fan absolu du « Roi » de l’horreur, mais le fait est que certains de ces ouvrages sont de vrais chefs-d’oeuvre du genre — je pense à Misery par exemple. Fog avait, me semble-t-il, le potentiel pour être un très grand livre. Malheureusement, il loupe le coche de peu : le style est rébarbatif, et du coup l’ambiance en pâtit ; la structure du récit est curieuse et donne l’impression pendant un moment d’être un recueil de nouvelles compilées en roman et on se demande pendant (trop) longtemps où l’auteur veut en venir. De menus détails, pas de quoi en faire un mauvais bouquin, mais pas de quoi en faire une perle. Et c’est dommage.
Réveillez votre génie ! de Jean-Philippe Touzeau
Note : 14/20
Avis : La curiosité, voilà ce qui explique un tel achat de ma part. Et une offre spéciale d’Amazon, à 0.99 €. Le contenu n’est pas mauvais, mais il n’a rien — vraiment rien — de révolutionnaire et d’original. Qui s’est déjà intéressé un tant soit peu aux techniques d’entrainement (dans quelque discipline que ce soit) ne trouvera là que des évidences. Cela étant dit, certaines évidences sont parfois bonnes à répéter, et c’est pour cela que je ne jugerai pas trop sévèrement cet ouvrage.
Moloch de Thierry Jonquet
Note : 16,5/20
Avis : Moloch, c’est le pendant talentueux du Bal des Anges : comme quoi on peut aborder le problème de la pédophilie avec subtilité et intelligence, et ne pas user à tous bouts de champs des clichés les plus éventés. Le roman de Thierry Jonquet est beaucoup plus complexe, tout en histoires et destins croisés. À ce jeu-là, il frôle la perfection, mais faute à de trop nombreux personnages (du côté des « gentils ») à la caractérisation trop semblable, la confusion est parfois de mise… Peut-être cela va-t-il mieux quand on a lu les oeuvres précédentes de l’auteur, les personnages incriminés étant apparemment récurrents ? C’était pour ma part la première fois que je croisais la route de cet auteur.
À conseiller absolument aux amateurs de polars franco-français.
Je me suis raconté des histoires très tôt, Propos inédit de Frédéric Dard
Note : N.C
Avis : Pas envie de donner une note à ce livre : elle serait forcément mauvaise, non en valeur, mais en objectivité. Même si je crois avoir pris aujourd’hui mon propre chemin, ce serait comme un élève qui évalue son professeur. Néanmoins, j’émets un sérieux, un affreux, un énorme doute sur le sous-titre « Propos inédit de Frédéric Dard ». Car si j’avais bien une critique à faire à ce recueil, c’est justement qu’il apportera peu d’éléments nouveaux à celui qui s’est intéressé un jour ou l’autre à San-Antonio. Que ce soit dans une de ses biographies ou dans un documentaire quelconque, j’avais déjà entendu plus de 90% de ces propos inédits. Cela dit, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à le lire. J’ai apprécié le parti pris consistant à garder l’oralité de l’entretien : j’avais l’impression que Frédo – comme le surnommait Robert Hossein – murmurait à mon oreille, se confiait à moi seul, et me prodiguait personnellement ses conseils sur le métier d’écrivain ou sur l’existence en général. Ça m’a fait du bien de le retrouver pour quelques heures, ce grand bonhomme sensible et plein de générosité.
Suite 2806 de Anita Berchenko
Note : 16/20
Avis : Ce titre n’est pas vraiment une nouveauté, mais au moment de sa publication, j’étais victime comme d’autres d’une overdose de DSK. Qui plus est, j’étais un peu inquiet à l’idée de ce que j’allais y trouver. Critique politique, critique sociale anti-américaine, manifeste féministe ? J’avouerais que si le surnom de « queutard du FMI », donné par Laurent Gerra au socialiste, lui va comme un gant, j’ai du respect pour les qualités politiques et intellectuelles de l’homme. Il m’aurait semblé réducteur de le décrire uniquement comme un pervers priapique.
Heureusement, Anita Berchenko est plus fine que cela et décrit dans ce court roman des personnages complexes avec leur part d’ombre et de lumière, et propose sa propre interprétation des faits, ni complètement différente de celle que nous connaissons, ni exactement identique. D’ailleurs, tous les personnages sont renommés et d’autres sont inventés, du moins à ma connaissance…
Un seul défaut : un peu court, sans doute.
La Bibliothèque infernale de Neil Jomunsi
Note : 16/20
Avis : Ah, les livres dont vous êtes le héros ! Un souvenir de mon enfance qui renaît grâce au Studio Walrus, qui baptise cette engeance numérique Rendez-vous au 14 en gardant le même principe que son illustre ancêtre, mais adapté au numérique. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, il s’agit d’un roman interactif où, tout au long du récit, des choix sont proposés au lecteur, qui l’emmèneront à différentes sections du livre au déroulement différent, et parfois à une fin prématurée. Les possibilités de liens hypertextes se prêtent admirablement au jeu de ce type d’ouvrage.
Concernant les qualités littéraires de ce livre numérique, j’ai trouvé l’imagination de l’auteur admirable, l’histoire poétique et drôle. Ma seule réserve concerne le style que j’ai trouvé un peu rébarbatif par moment, et manquant de fluidité.
Les Enfants de la liberté de Marc Levy
Note : 17/20
Avis : C’est la première fois que je lisais un livre de Marc Levy. Ce dernier est, rappelons-le au besoin, l’auteur français le plus vendu au monde. Et c’est ma femme qui m’a conseillé ce titre, plutôt que certains de ses ouvrages plus sentimentaux. Je n’avais aucun a priori négatif sur l’auteur ; je l’avais trouvé sympathique et modeste sur les plateaux de télévision. Je ne l’ai jamais vu prétendre qu’il révolutionnait la littérature. De fait, au niveau du style, ça n’a rien de transcendant, d’original. C’est efficace. Marc Levy doit avoir une vision très technique de l’écriture, marquée par les Anglo-saxons. Ce n’est pas moi qui vais le lui reprocher. La seule chose qui m’a dérangé, c’est sa manière d’utiliser le présent dans son texte au passé : j’ai trouvé que ça manquait un peu de finesse.
L’histoire quant à elle m’a beaucoup plu. J’ai aimé cet hommage original à la résistance, parfois en demi-teinte, ne reprochant à personne de ne pas l’avoir rejoint, et n’idéalisant pas le moindre de ses membres. J’ai été touché par ce témoignage où le leitmotiv est l’espérance.
Le Bal des Anges de Pierre Morcet
Note : 13/20
Avis : Quand je lis sur la page amazon de l’ebook — qui fut l’objet d’une promotion à Noël — que Robert Morcet serait « le digne successeur de Chandler », ça me fait un peu mal là où vous pensez. Le style n’est pas mauvais, j’en conviens, mais j’ai eu l’impression de lire un roman policier français des années 50-60 dont l’action se déroulerait dans les années 90. Le polar où le flic est un athlète de premier ordre, un tireur d’élite, résiste aux pires tortures et danse la gigue quelques minutes plus tard, a vécu. Ça fait tout de même un moment que les polars la jouent plus fine… Je crois même que c’était déjà le cas des romans de Chandler. Et puis une histoire qui fait constamment l’amalgame entre homosexualité et pédophilie, c’est à pleurer.
Mort d’un clone de Pierre Bordage
Note : 16/20
Avis : Le problème de Pierre Bordage, c’est qu’il a l’étiquette « Science-Fiction » collée sur le front… Alors quand il publie un ouvrage d’un tout autre genre, sous un titre qui fait pourtant penser à de la SF, on est tout chamboulé dès le départ, et on a du mal à monter dans le train. Mort d’un clone n’est pas un mauvais roman, mais j’ai été désorienté par son genre, et j’ai eu du mal à rentrer dans le récit. Je l’aurais également lu et davantage apprécié si j’avais été prévenu. Et si je n’ai pas été convaincu par certains effets de style volontairement répétés, j’ai néanmoins apprécié l’humour constant de ce texte qui m’a donné l’impression d’être éminemment personnel. C’est un peu comme si Bordage, écrivain hypersensible, n’avait pas pu se cacher cette fois derrière les facilités métaphoriques offertes par la littérature de l’imaginaire. Sans doute pas le meilleur ouvrage de l’auteur, mais une gourmandise à déguster en ayant à l’esprit une envie d’autre chose.
Amazon Kindle pour les Nuls de Clément Monjou
Note : 18/20
Avis : Pour que je dise du bien d’un livre de la collection « Pour les Nuls », il faut que j’aie été sacrément impressionné ! Et je l’ai été, aussi bien par le contenu que par le contenant. J’étais pourtant sceptique sur ce que pourrait m’apporter un manuel pour un appareil aussi simple que le Kindle : si j’ai acheté cet ebook, c’était avant tout pour soutenir le travail formidable effectué par Clément Monjou sur eBouquin depuis plusieurs années maintenant. Au bout du compte, je suis allé de découverte en découverte et j’ai désormais l’impression d’utiliser mon Kindle au maximum de son potentiel. À noter que l’ouvrage se termine par un historique du Kindle, tout à fait intéressant. Sur la forme, force est d’admettre que les éditions First Interactive ont fait du très bon boulot également avec une mise en page soignée qui nous donne l’impression de lire un livre… papier. C’est suffisamment rare chez les éditeurs traditionnels pour être souligné. On frôle le 20/20, seuls quelques sujets à la fin du livre auraient mérité d’être plus développés.
Film Club de David Gilmour
Note : 17/20
Avis : Aux fans des Pink Floyd, il ne s’agit aucunement d’un livre du chanteur et guitariste de ce groupe mythique ! Ce David Gilmour là est un écrivain et journaliste canadien, spécialisé dans le cinéma. Film Club est le récit autobiographique d’une période de sa vie où il autorisa son fils Jesse à arrêter l’école à condition qu’ils regardent ensemble trois films par semaine, choisis par lui. Autant dire qu’il vaut mieux avoir la fibre cinéphile pour apprécier ce livre qui donne envie de découvrir certains films sélectionnés par Gilmour ou de revoir ses propres classiques d’un oeil différent. L’objet de ce texte n’est cependant pas tant le 7e art que les affres de la relation père-fils. Touchant et enrichissant, d’une lecture agréable et rythmée, c’est une de mes belles découvertes de ce début d’année.
In My Head de Jiminy Panoz
Note : 14,5/20 (bis repetita)
Avis : In My Head est un texte court, dans la lignée des romans noirs américains. À tel point qu’il pêche à mon avis par un manque d’originalité dans son début. Un thriller qui commence dans la tête d’un serial-killer accomplissant sa besogne, c’est déjà lu et relu. C’est bien dommage, car une inversion de chapitre aurait permis d’éviter cet écueil, qui laisse malheureusement un goût de bouchon tout au fil de la lecture. Le reste est néanmoins efficace, et le tout parfaitement distrayant pour les amateurs du genre.
A noter que vous pouvez payer cet ebook avec de l’argent, ou avec un tweet si vous êtes sur le réseau social Twitter.
Les Morues de Titiou Lecoq
Note : 17/20
Avis : Si on veut définir Les Morues, on dira que c’est un roman pour les filles et les hommes qui aiment bien lire le Cosmo de leur copine. Ou encore que c’est un polar politico-sentimal. Ou tout simplement que c’est un bon roman, qui se lit agréablement, avec des personnages attachants et une ambiance familière. Comme elle le confie sur son blog, elle n’a pas lésiné sur le nombre de réécritures ; et cela se sent : c’est travaillé, fouillé, juste. Du beau travail, mais qui vieillira peut-être trop vite, le récit étant ancré dans les années 2007-2012 : le lira-t-on avec autant de délectation dans dix ans ? Qu’importe, carpe diem. Enfin, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander : un lecteur de droite parviendra-t-il à la fin du bouquin ?